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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 13:13

Société | Ajouté le 10.11.2011 à 21H47

Il peut paraître pour les plus jeunes d'entre nous assez anachronique de commémorer le 11 novembre. Cet armistice a presque 100 ans. Il ne s’agit plus d’une actualité puisque ceux qui y ont participé sont tous morts mais d'une page d’Histoire, cette Histoire terrible de l’affrontement de peuples européens, de l'enterrement dans ce fracas des armes automatiques du Vieux Continent.

Fin de la Belle Époque, fin d'une insouciance des - jusqu'alors - puissances, fin des Empires allemand, austro-hongrois et russe. La revanche sur la guerre de 1870 devait être courte, ce carnage durera quatre longues années. Cette histoire sanglante est néanmoins celle de la lente, difficile, tâtonnante construction européenne.

En effet, ce long processus, du traité de Vienne de 1815 à celui de Versailles concluant la guerre entre l'Allemagne et la France, cette construction a été parsemée de guerres et de paix, d'histoires flamboyantes, et de drames atroces.

Faut-il remonter à Charlemagne ? Faut-il insister sur les épopées napoléoniennes si sanglantes ? Sans remonter autant dans notre passé en cette veille de 11 novembre, rappelons-nous que le siècle qui s'est achevé par l'effondrement du bloc soviétique et des Twins Towers de New-York, ce siècle a vu sinon la guerre de 1870, du moins celles de 1914-1918 et de 1939-1945.

Ces conflits paraissent, peut-être à tort, si lointains. Dans l’imaginaire de nos enfants, voire même des jeunes adultes, apparaissent des tranchées, la boue, la mort, peut-être les gaz, l’incompétence de certains généraux ou maréchaux ou la haine réciproque. On oublie trop vite qu’il s’agissait de jeunes appelés, très jeunes, bien loin d'une armée de métier. Celà reste polémique mais l'on oublie également qu'il n'aura manqué qu'une offensive (de Pétain et Pershing) prévue le 14 novembre pour achever l'armée allemande et tuer "dans l'oeuf" la thèse du "coup de poignard dans le dos" qu'utiliseront tant les nazis. Ce fut l'erreur tragique de Foch et de Clémenceau.

La France a communié dans le sang et la boue des tranchées. Divisés par la IIIème République radicale qui prônait l'« école sans Dieu », assurait la séparation des Églises et de l'État, quand une grande partie des Français demeurait royaliste ou catholique, tous se sont retrouvés unis dans cet enfer : le curé comme l'instituteur.

Certains avaient à peine 20 ans, la plupart moins de 30 ans. Combien de millions sont morts, dans les atroces brûlures pulmonaires des gaz, transpercés par les balles ou les baïonnettes, gelés dans les tranchés où les hivers furent si rudes ?

Alsacien d'origine, je sais ce que je dois à leur sacrifice. Ces concitoyens sont morts par millions. Chaque famille, chaque village fut frappé de cet impôt du sang pour défendre avant tout une terre, une nation, une société aussi et une certaine idée de la liberté. Cet impôt, les fils des survivants le renouvelleront en 1940 : mon ami Henri Amouroux disait qu'« en soixante jours, (la bataille de France fera) 92 000 morts, 120 000 blessés, c'est une « cadence » qui rappelle des grandes tragédies de la guerre victorieuse : l'autre ».

Cette première Guerre mondiale, première guerre totale et mécanisée était alors de loin la plus cruelle. Elle a eu lieu sur notre territoire, le front s'étendant comme une balafre à travers la Picardie, la Lorraine (Verdun !) et la Champagne, rasant les villages, éventrant les églises, mitraillant les forêts, remplaçant cette campagne par un pays de mort, lunaire, de terre retournée, glacé.

Dans les colonies, les îles, comme en métropole, fleuriront les monuments aux morts, pour se souvenir. Quant aux combattants, au delà de ce soldat inconnu qui est honoré sous l'Arc de Triomphe et à travers lui tous ses camarades, il faut avoir vu l'ossuaire de Douaumont, ces millions de tombes alignés, ces soldats enterrés sur notre sol français, là encore pour ne jamais oublier.

Faut-il sans arrêt remuer ces souvenirs morbides et fêter cet armistice alors que plus aucun des acteurs n’est en vie ? Je le crois. Cette attitude juste, digne, est bien moins morbide que ceux qui veulent salir ces sacrifices par une repentance hâtive, inique de ce tout qu'est notre Histoire. Il s’agit de nos arrières-grands-pères, de nos grands-pères et pour certains de nos pères. Il y a encore peu, lorsque les familles étaient plus unies que maintenant, que les souvenirs se partageaient plus, combien de fois furent-ils racontés ces exploits ?

Le temps n’est pas venu de tourner cette page sanglante de notre Histoire, ce livre ne doit jamais être refermé car ce sont ces chapitres qui ont dicté notre vie quotidienne, nos projets politiques actuels. Il fallait que les peuples de l'Europe subissent ce martyre pour que la construction de l'Europe devienne réalité.

Voici pourquoi il est si important de l'apprendre, de la montrer à nos enfants, de profiter de notre chance d'avoir tant de moyens vivants d'enseigner ce passé dont il reste tant d'images. Il faut rappeler, dire combien le sacrifice des uns a permis de préserver la liberté des autres. C'est un devoir moral, une honnêteté intellectuelle.

Puisse la folie des hommes en Europe ne jamais refaire surface. La construction européenne reste encore aujourd'hui une des grandes garanties de la paix.

Pr Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris
 
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