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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 08:53

 

915086Il y a un peu plus d’un an, la Grèce était sur le point de faire défaut sur sa dette. La Commission de Bruxelles et la Banque centrale européenne (BCE) élaborèrent alors un plan qui devait éviter ce défaut. Ce plan comportait deux volets. Le premier, destiné à couvrir le besoin de liquidité de la Grèce, consistait en un prêt de 110 milliards d’euros, dont 80 milliards étaient accordés par les Etats de la zone euro et 30 milliards par le Fonds monétaire international (FMI). Le second était constitué par un ensemble de mesures budgétaires restrictives (hausse de la TVA, baisse du salaire des fonctionnaires, gel des retraites et des embauches etc.). Ce volet visait à restaurer la solvabilité budgétaire de la Grèce afin qu’elle puisse à nouveau emprunter sur les marchés.

Un an plus tard, la Grèce est toujours au bord de la faillite, mais dans une situation économique détériorée par la rigueur qui lui a été imposée et un endettement qui a encore augmenté. Face à cette situation dramatique que croit-on que la Commission et la BCE proposent à la Grèce ? De rejouer le même scénario, avec le même plan en deux volets : premier volet, les Etats de la zone euro sont invités à remettre environ 100 milliards sur la table. Second volet, les Grecs sont priés de se serrer encore davantage la ceinture et de vendre une partie du patrimoine de leur pays à l’encan.

On peut sans difficulté prévoir que ce plan échouera comme on pouvait prévoir que le premier échouerait. Ce parce que la Grèce n’est plus solvable structurellement. La Grèce n’est plus solvable, parce qu’elle a perdu sa compétitivité. Et elle a perdu sa compétitivité parce que la monnaie européenne est surévaluée en raison de la politique de change adoptée par la BCE. On voit donc que la clé du problème de la Grèce ne se trouve pas dans la poche des contribuables des pays européens, ni dans de nouveaux sacrifices imposés au peuple grec ou dans la liquidation de son patrimoine.

En vérité, la clé du problème se trouve entre les mains de la BCE. Car, de même que par sa politique monétaire, la BCE est la responsable, non pas unique mais essentielle, de la crise grecque, de même peut-elle, en changeant sa politique monétaire, résoudre la crise grecque et sauver l’euro. Ce changement doit comporter deux aspects : d’abord mettre fin à la surévaluation de l’euro, et la BCE a tous les moyens de le faire à condition d’en avoir la volonté. Ensuite, elle doit intervenir sur le marché des titres grecs de façon à faire baisser les taux d’intérêt sur la dette.

Ici encore, elle a les moyens de le faire en pratiquant une politique d’assouplissement quantitatif, comme l’ont fait la Réserve fédérale ou la Banque d’Angleterre. La détente sur les taux grecs se transmettrait immédiatement aux taux des autres pays périphériques (Irlande, Portugal, Espagne) et allègerait ainsi la contrainte budgétaire pesant sur eux. Par ailleurs, une baisse substantielle de l’euro créerait une accélération considérable de la croissance de toute la zone euro, ce qui, entre autres effets favorables, constituerait un second moyen permettant de réduire le poids de la dette publique dans tous les pays européens.

Certes, la baisse de l’euro conduirait à un accroissement du taux de croissance des prix. Mais cet accroissement serait très limité, étant donné le niveau élevé du chômage. La Grande-Bretagne, qui a dévalué sa monnaie d’environ 20 % par rapport à l’euro depuis le début de la crise financière au mois d’août 2007, enregistre un différentiel d’inflation par rapport à la zone euro limité à 1,6 %. Une légère accélération de l’inflation contribuerait également à réduire le poids de la dette publique.

Par conséquent, le seul moyen efficace d’aider la Grèce consiste à amener la BCE à changer sa politique monétaire. Pour cela, la France doit refuser le plan proposé par la banque. Elle doit refuser de prêter son concours à un plan qui va enfoncer encore davantage le peuple grec dans le marasme et le dépouiller d’une partie de son patrimoine, ce qui compromettra ses chances futures de rétablissement. Comme elle doit refuser de continuer à donner des garanties à fonds perdus avec l’argent de ses contribuables.

Par ce refus, la France doit mettre la BCE en face de ses responsabilités : changer de politique monétaire afin de résoudre la crise de la dette européenne ou accepter la désintégration de l’euro. Le changement de politique monétaire de la BCE correspond aussi à l’intérêt objectif de la France. Les industriels français savent que le taux de change correct de l’euro devrait être de 1,15 dollar pour 1 euro à plus ou moins 10 cents près. En fait, le taux de change actuel de l’euro ne convient qu’à l’économie allemande et aux quelques pays qui lui sont liés.

Il est devenu insupportable pour la France, mais aussi pour l’Italie et pour l’ensemble des pays périphériques. Il est donc temps que la BCE adopte une politique monétaire qui ne soit plus au seul service de l’Allemagne et de ses alliés, mais qui soit au service de toute la zone euro.

Lorsqu’il était candidat à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy avait jugé que le taux de change de l’euro était trop élevé et que la BCE devait s’efforcer de le faire baisser. Ce taux était alors de 1,36 dollar pour 1 euro. Près de cinq ans plus tard, malgré la crise de la zone euro, ce taux a encore progressé à 1,43 dollar, soit un gain supplémentaire de 5 %.

Aucune action n’a été entreprise au cours du quinquennat pour faire baisser l’euro. La crise grecque donne donc au président et au Parlement français l’occasion de changer le cours de la politique monétaire de la zone euro et de servir ainsi les intérêts de la France et de la Grèce.

Nous devons saluer le peuple grec d’avoir le courage de se révolter contre le plan sans issue auquel la Commission et la BCE veulent le soumettre et d’affirmer sa volonté de rester libre. Que les Grecs se souviennent que ce sont leurs ancêtres qui ont inventé le mot de liberté sans lequel la civilisation européenne n’existerait pas et que c’est l’un de leurs historiens, Thucydide, qui a écrit : « Il n’y a pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans vaillance ».

Jean-Pierre Vesperini, professeur des universités,
membre du Conseil d’analyse économique
Article paru dans l’édition du 24.06.11 

Par Gaullistes de Bretagne et Pays de la Loire - Publié dans : Politique
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