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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 18:02

Texte de mon itervervention ce jeudi à Moscou dans le cadre de la conférence internationale  "Russie – Union européenne : potentiel pour un partenariat"


 

 

Mesdames et messieurs,

 

Depuis longtemps, je suis convaincu que les destins de l’Europe et de la Russie sont liés.

D’immenses progrès ont été réalisés depuis une vingtaine d’années.

Mais disons la vérité : notre partenariat est essoufflé et chaotique !

Les tentations de se détourner l’un de l’autre existent.

Du côté européen, les esprits ne sont guère disponibles pour s’investir et prendre des risques sur la scène internationale.

L’énergie consacrée à la survie de la zone euro puis à la gestion de la crise économique a accentué le «nombrilisme» européen.

La défiance des citoyens envers l’Europe et ses institutions, alimente les populismes et les replis identitaires.

Elle aggrave les divisions au sein de l’Union européenne entre Nord et Sud, entre Est et Ouest et limite d’autant la capacité de projection externe de l’Union européenne.

Du côté russe, le débat entre « européens » et « eurasiens » prend un nouveau tour.

Tirant ses racines dans une histoire ancienne, le rêve de reconstitution de la puissance russe peut trouver de nouveaux arguments dans la faiblesse actuelle de l’Europe dont la « soft power » paraît moins convaincante en comparaison du dynamisme économique de l’Asie et des grands émergeants.

Le discours soupçonneux face aux risques de déstabilisation externe peut donner l’impression qu’une « autre voie » que celle de la coopération européenne est possible.

 

Bref, les tentations de frictions existent. Elles sont dangereuses et négligent les réalités.

L’UE ne peut se passer d’une relation étroite avec la Russie comme la Russie ne peut faire l’économie d’un ancrage européen fort.

Ni l’une, ni l’autre ne peuvent se refugier dans une posture de donneuse de leçons.

A défaut de pouvoir s’adapter ensemble au nouveau contexte international, l’Europe et la Russie seront inexorablement condamnées au déclin et à la marginalisation.

Rien ne justifie en effet que l’une ou l’autre bombe le torse :

-       l’UE traverse la période économique la plus difficile depuis la crise de 1929 et décroche pour la première fois de son histoire ;

-       la Russie a été au sein des BRIC le pays le plus durement touché par la crise (chute du PIB de 9% en 2009, reprise très timorée en 2010-2012…) et souffre d’incontestables faiblesses structurelles (langueur démographique, régulation institutionnelle défaillante, investissement en berne…).

Bref, les deux acteurs, confrontés à des problèmes très sérieux n’ont d’autre choix à moyen terme que de considérer leur relation comme incontournable.

 

Notre interdépendance économique est évidente

Pour l’Union européenne, la Russie constitue un partenaire clé en matière de sécurité énergétique, un fournisseur important pour d’autres ressources naturelles et un marché prometteur pour ses entreprises.

Il s’agit de notre plus grand voisin, de notre premier fournisseur d’énergie, de notre troisième partenaire commercial.

Au moment où l’Europe est en recherche de croissance, l’espace russe peut être un tremplin.

Pour la Russie, l’Union européenne constitue le premier partenaire commercial et représente trois quart des investissements directs étrangers sur son territoire.

Nous sommes de loin son premier client en matière énergétique.

Une aggravation de la crise de la zone euro aurait un effet de contagion sur des actifs comme relativement risqués et affecterait directement la situation du secteur bancaire et financier russe.

 

Au-delà, l’Union européenne et la Russie ont un intérêt objectif à gérer ensemble les défis continentaux : conflits armés, lutte contre les criminalités et le terrorisme, gestion des migrations, changement climatique…

Ces deux partenaires partagent des perceptions assez proches de la scène internationale : ils voient dans le monde multipolaire une évolution positive, sont attachés au multilatéralisme, et notamment à la préservation du rôle centrale des Nations Unis.

Cette proximité relative est d’autant plus nette dans le contexte de désengagement progressif des Etats-Unis de la relation avec la Russie.

Face à cela, la France et l’UE doivent rappeler que la stabilité et la sécurité du continent passe par un ancrage solide de la Russie à l’Europe.

Elles doivent rappeler qu’une Russie qui participe à la sécurité internationale est une Russie qui n’a pas le sentiment d’être encerclée et dont les préoccupations sont prises en compte au sein de la stratégie déployée par l’Alliance atlantique 

Au total, tout plaide pour que Russie et Union européenne développent une véritable ambition pour leur partenariat.

 

Comment aller plus loin que la situation actuelle ?

Nous devons explorer plusieurs pistes d’intérêt commun dans un esprit pragmatique.

 

Le développement d’une coopération accrue en matière de sécurité est prioritaire.

Elle suppose que les pays européens comprennent que l’enjeu sécuritaire est pour la Russie est vraie préoccupation et que par exemple la mise en place d’un système de défense anti-missiles doit prendre en compte la sensibilité de ce partenaire.

Ce n’est qu’en répondant rapidement à la demande russe d’une architecture de sécurité européenne renouvelée que pourra être recréé un socle de confiance permettant de travailler et d’approfondir nos convergences sur les grands sujets internationaux (Processus de pays au Proche-Orient, lutte contre le terrorisme et le trafic de drogues, dossiers nucléaires iranien et nord-coréen), tout en poursuivant un dialogue régulier et beaucoup plus substantiel sur les dossiers les plus difficiles, comme la Syrie.

 

La négociation d’un accord économique et commercial UE-Russie doit progresser.

Le mouvement de rapprochement de nos économies, amorcé avec l’accession à l’OMC doit pouvoir être amplifié sur d’une ouverture du marché intérieur européen mais également par le respect des engagements contractés par la Russie et le démantèlement de certaines mesures discriminatoires. 

Au-delà, l’intégration économique passe une intensification des échanges sur des scénarios énergétiques communs qui permettent à la Russie de programmer les investissements indispensables à une fourniture fiable sur le long terme d’hydrocarbures aux pays européens.

Dans ce cadre, la coopération technologique pourrait être largement développée. 


Nous devons continuer à développer les contacts entre citoyens russes et européens.

Les travaux initiés notamment sous impulsion française doivent se poursuivre pour trouver les garanties nécessaires permettant de signer un nouvel accord de facilitation de la délivrance des visas, en commençant par mettre en place des programmes sectoriels d’échange et de mobilité pour les étudiants, pour les chercheurs, pour les fonctionnaires...

A plus long terme, le processus devrait mener à la libéralisation des visas de court-séjour en cours entre l’UE et la Russie.

 

Porter cette nouvelle ambition commune suppose de repenser la grande Europe.

 J’ai proposé la création d’une confédération qui unisse la France et Allemagne.

Dans le monde en profonde transformation, il faut que nous deux nations réalisent un saut politique dans l’intégration de leurs politiques économiques.

Avec ce couple franco-allemand resserré, je milite pour une zone euro renforcée autour d’un gouvernement économique digne de ce nom.

Quant à l’Europe à 27, elle doit aller plus loin dans l’organisation de son marché et la structuration de politiques à géométrie variables.

 D’un côté, l’Union européenne doit se souder, de l’autre côté elle doit trouver une nouvelle respiration continentale.

 

Il faut imaginer un statut européen à la Russie.

Pour cela, il faut retrouver la dynamique apaisée et positive que nous avons essayé de nourrir au cours des dernières années, notamment après 2008.

Ceci passe par une « patience stratégique » des deux côtés, de l’écoute et une véritable compréhension de l’autre.

Du côté russe, il faut passer par-dessus certains préjugés et craintes vis-à-vis de l’Europe.

Du côté européen, rien ne sert de fustiger une supposée paranoïa obsidionale russe sans y apporter des éléments de réponse.

C’est justement pour cette raison que j’ai indiqué l’été dernier que pour lever les blocages sur le dossier syrien, il était essentiel de parler avec nos amis russes.

Quant à la visite actuelle du Collège des commissaires européens à Moscou, c’est une première étape intéressante.

 

La Russie doit trouver sa place en Europe, pas celle d’un pays membre de l’Union; mais un pays qui se voit reconnaître un statut à la hauteur de la sa proximité historique, géographique, culturelle et économique.

 

La France a une responsabilité historique pour entraîner l’Europe dans cette aventure continentale

Certains estiment que cette aventure est impossible au regard des faiblesses de l’Union européenne.

Mais n’est-ce pas au contraire parce que nous étouffons dans nos faiblesses qu’il faut élargir nos ambitions et nos horizons !

 

Voilà, mesdames et messieurs, les quelques réflexions que je voulais partager avec vous.

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