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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 12:53
 
Des vraies questions, de mauvaises réponses.

L’immigration est évidemment un problème important pour notre pays. Il y a quelques décennies, les étrangers venaient en France pour y travailler, nous en avions besoin. Ils venaient de l’Europe de l’Est, du Sud de l’Europe et de l’Afrique, en petit nombre, ils étaient assimilés facilement, acceptant de se fondre dans la société française, dans le creuset de la Nationa française car à l’époque la France, en bonne santé économique, accueillait bien volontiers cette main d’œuvre souvent peu qualifiée.

Aujourd’hui, un bon nombre d’étrangers viennent pour deux raisons :
leur pays, souvent très pauvre, parfois en guerre, ne peut plus les conserver, les nourrir, les soigner ;
Notre pays, d’une grande générosité, les accueillent, les soignent et peut les nourrir : sécurité sociale, aides en tout genre…

Les étrangers sont de plus en plus nombreux dans notre pays, un pays en crise économique et morale. Cette immigration incontrôlable le destructure : des ghettos se forment, fermés, impénétrables. Les étrangers y construisent une autre société en marge de la nôtre qui elle-même perd ses repères, ne parvient plus à définir ni ses valeurs ni son identitée. Cette situation crée des tensions fortes, sources de criminalité et de malaise.

Les solutions sont évidemment difficiles à trouver.
Simplistes, elles consisteraient à les renvoyer chez eux. Projet absurde et impossible tant les immigrés sont nombreux en France, tant il serait difficile d’en faire « le tri ».
Aider leur pays d’origine à se démocratiser et à se moderniser ? Plus facile à dire, qu'à réaliser.

Il faut en réalité faire un mélange de ces deux propositions c'est-à-dire arrêter autant que faire se peut dans un monde globalisé (avec des frontières renvoyées à celles de l'Union européenne) l’immigration clandestine de ceux que l'on appelle pudiquement désormais des « sans-papiers » et lutter contre les ghettos d'une  part et partager la technologie avec les pays d'émigration, d'autre part.
 
La coopération, et je sais de quoi il en retourne, est quasi absente. Quoi qu’en disent les technocrates, où sont les coopérants d’antan ? Où sont les grands projets de développement ?
Quant aux ghettos, ils sont tolérés, la police n’y pénètre plus de peur d’exacerber l’insécurité par des représailles inacceptables. A Grenoble la police n’est toujours pas revenue dans les zones d’où elle a été exclue… Combien de ces zones de non droit se sont développées ? 100 ? 200? En 2000, un rapport rendu à Jean-Pierre Chevènement parlait de « 684 quartiers qui connaissent des phénomènes d' « incivilité » au quotidien  197 d'entre eux voient la police et les institutions locales, comme l'école, aux prises avec une une hostilité orchestrée », traduisez : l'enfer quotidien pour les populations.

Il faut reprendre cette coopération et faire régner l’ordre républicain chez nous, sinon la France risquera d’exploser par la xénophobie, les contre- bandes et autres milices auto-organisées à côté de la police impuissante.

Parce qu’on a abandonné ces deux axes d’une politique nécessaire, le Front national est l’avant-garde de cette France qui arrive et les sondages (que je n'utilise qu'avec précaution) confirment cette analyse d'un pays réel, profond, qui gronde.


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Cette immigration pose aussi le problème de l’islam en France. Nicolas Sarkozy a parlé de « l’islam de France » et il a raison. Quand on regarde la pratique de cette religion, elle est différente d’un pays à l’autre, et même chez nous. Dans l’Ile de la Réunion où se mêlent tant de religions (chrétienne, hindou, musulmane, juive), il n’y a pas de problème majeur.

En métropole, à l’exception de l’islamisme agressif, nous pourrions le faire cohabiter si nous appliquions les lois existantes sans en établir d’autres dans un millefeuille de textes normatifs. Les prières dans la rue ne sont pas acceptables, la loi sur l’utilisation de l’espace public est suffisante pour les empêcher. Que n'est-elle appliquée par les autorités de police administrative ? L'Etat est trop souvent démissionnaire dans ce domaine mais pas pour la construction des mosquées qui pourrait se faire par le biais d’associations (dont les ressources seraient vérifiées puisque la question de l'origine des fonds inquiète parfois) et les prêches dans ces mosquées (et non la liturgie qui  resterait en arabe) pourraient être aussi prononcés en français. Le canon de la Messe, parfois en latin, peut bien  coexister avec un sermon en français !

Dans de nombreuses villes moyennes françaises tout se passe sereinement. Dans les métropoles, une nouvelle fois à cause des ghettos, il peut y avoir des problèmes qui servent souvent de provocations.

Nous avons lancé il y a quelques temps un débat sur l’identité nationale. Ce débat, mal préparé, est « parti dans tous les sens », a dérapé et surtout a été arrêté à la hâte. Était-il anormal que nous nous posions la question ? Certainement pas. Être français c’est se poser la question de nos valeurs républicaines, de la place de notre histoire, de la place des régimes alimentaires dans notre vie, par exemple dans les établissements publics, dans les cantines scolaires et pénitentiaires, dans nos villes il y aurait eu des solutions comme pour les autres religions. Il n’aurait pas été incongru d’affirmer que nos sources philosophiques et culturelles sont gréco-romaines et nos racines religieuses judéo-chrétiennes comme le sont nos fêtes, les jours fériés qui rythment notre année civile. Ce n'est pas être calotin qu'affirmer cela, c'est être au diapason des attentes profondes de notre nation.

Toutes ces réflexions menées sereinement n’auraient pas été inutiles, mais elles ne l’ont pas été et surtout à chaque fois qu’elles ont été abordées elle le furent de façon inutilement médiatique avec des arrières pensées électoralistes, parfois même agressivement, stigmatisantes. Ne plus les poser, les éluder, les refouler est en train de servir le Front national. N’acceptons pas qu’il s’approprie les « mots » pour les dévoyer. L’Europe, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, est absente et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle manque de solidarité… C’est d’ailleurs à cause de ce manque de coordination européenne que l’extrême droite progresse partout, dans les 27 pays membres de l'Union.
A force de ne pas aborder ces problèmes difficiles, ils prennent de plus en plus de place et deviennent explosifs  d’autant que les révolutions, de l’autre coté de la Méditerranée, provoqueront (si elles ne provoquent déjà) des tentations migratoires qui pourraient être nombreuses et violentes. A-t-on entendu l’Europe ? Non bien entendu !

Il serait temps de regarder la vérité en face, d’en parler avec humanité mais aussi avec réalité. Si nous ne voulons pas que nos pays soient déstabilisés, que l’extrême droite progresse de façon incontrôlable et excessive.
Oui la montée de cette extrême droite est le résultat de notre absence de politique étrangère, de notre absence de sang froid et notre couardise à l’intérieur de notre pays, de l’absence de politique européenne. Ces problèmes doivent être abordés avec, je le répète, humanité et fermeté avec aussi une vision globale ; sinon à la présidentielle de très mauvaises surprises nous attendent et au delà de ces rendez-vous électoraux, la France continuera de souffrir.


Pr Bernard DEBRE

Ancien Ministre de la Coopération
Député de Paris
 
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