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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 10:58
« Les Français veulent que la France reste la France »

 

Sécurité, laïcité, immigration : les priorités de Claude Guéant.

 

Le ministre de l'Intérieur trace dans un entretien accordé au quotidien « Le Monde » les grands axes de son action en matière de gestion des flux migratoires et de lutte contre la délinquance.

Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée depuis mai 2007, est ministre de l'Intérieur depuis fin février, en remplacement de Brice Hortefeux. Il a accordé au MONDE son premier entretien publié le 16 mars 2011.

Vous rêviez d'être ministre de l'intérieur. Revendiquez-vous d'être ministre de l'immigration ?

Je ne rêvais pas d'être ministre de l'intérieur. Cette idée ne m'était jamais venue à l'esprit avant le mois de novembre 2010, quand il en a été question une première fois. S'occuper à la fois de l'immigration et de l'intérieur est un gage d'efficacité. Il apparaîtrait paradoxal de dire que l'immigration est un problème majeur et de la confier à un secrétaire d'Etat.

Marine Le Pen était sur l'île de Lampedusa, lundi 14 mars : vous-a-t-elle doublé ?

Je n'ai jamais eu l'intention d'y aller. Un déplacement à Lampedusa participe de l'instrumentalisation de l'immigration. A Vintimille en Italie, le 28 février, je suis allé vérifier l'efficacité du dispositif de contrôle à notre frontière et prendre des décisions pour le renforcer. C'est différent.

Comment allez-vous « contrôler » les flux migratoires ?

Il est très important de maîtriser les flux migratoires. La France est un pays qui, traditionnellement, accueille les opprimés. Jamais le président de la République n'a dit qu'il était fermé à toute immigration. En revanche, ce gouvernement est hostile à l'immigration irrégulière. Mon travail est de lutter contre elle. Nous souhaitons bien accueillir les immigrés autorisés à venir chez nous mais nous ne voulons pas subir une immigration imposée. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes toujours refusés à des régularisations massives, comme celles opérées entre 1997 et 2002 où un peu plus de 76500 personnes avaient été régularisées. Depuis 2007, les régularisations se sont faites au cas par cas et à titre exceptionnel. Elles ont concerné 2800 personnes en 2008, et 2500 en 2009 et en 2010.

En mettant l'immigration au premier plan, ne faites-vous pas le jeu du
Front national ?


Le FN ne nous sert pas de boussole. Un gouvernement doit travailler en fonction de ce qu'il estime être nécessaire et il doit être à l'écoute de la population. Les Français ont le sentiment que les flux non-maîtrisés changent leur environnement. Ils ne sont pas xénophobes. Cela étant, ils veulent que la France reste la France. Ils veulent que leur mode de vie soit respecté, que la laïcité demeure à la base de notre pacte républicain. Ils veulent que l'intégration, pour les nouveaux venus, ou l'assimilation, pour les plus anciens, se fasse réellement, ils ne veulent pas de communautarisme. Les Français veulent que les nouveaux arrivés adoptent le mode de vie qui est le leur.
Le modèle de l'assimilation redevient pertinent après l'échec des communautarismes. 24% des immigrés hors Union européenne sont au chômage. S'il n'y a pas de maîtrise de l'immigration nous ne parviendrons pas à maintenir notre cohésion nationale.

Mais le communautarisme n'est-il pas un processus naturel ?

Il n'a jamais été organisé, mais on a laissé trop longtemps les personnes se regrouper en communautés. Je pense que nous pouvons lutter contre les communautarismes par la politique du logement, l'éducation, la formation, l'accompagnement familial... De nombreuses femmes immigrées vivent dans des conditions qui les empêchent de s'insérer. Le volet intégration de l'action de ce ministère doit être renforcé.

Allez-vous toucher à la loi de 1905, notamment pour faciliter la construction de lieux de culte pour les musulmans ?

Non. Il n'est pas question de toucher à la loi de 1905.La laïcité n'est pas une arme contre les religions, mais une protection de la liberté de conscience et une garantie de la libre pratique du culte. En même temps, c'est la garantie de la neutralité de l'Etat, des collectivités locales et des services publics. La loi interdit le financement public des lieux de culte. Mais il y a des financements privés. Il y a aussi des « coups de pouce » publics prévus par la loi : les garanties d'emprunts, les baux emphytéotiques de quatre-vingt-dix-neuf ans qui permettent de mettre à disposition des terrains et des constructions existantes à des conditions de loyer normales. Une fondation, créée par Dominique de Villepin, devait permettre de mutualiser les moyens. Il faut la réactiver.

A l'instar de Jean-François Copé, recommandez-vous l'obligation d'utiliser la langue française dans les mosquées ?

Il est constitutionnellement impossible d'interdire le prône en arabe. On n'interdit pas les messes en portugais, ou l'hébreu dans les synagogues. Peu de gens parlent arabe dans les mosquées. Certains prédicateurs tiennent des propos excessifs, notamment lorsqu'il y a des moments de tension internationale. La loi prévoit des sanctions. Mais en ce moment, rien de tel n'est signalé.

Que doit apporter le débat sur la laïcité si vous ne touchez pas à la loi de 1905 ni aux prêches ?

Un débat, c'est toujours sain. Il faut clarifier certains fondamentaux comme le port du voile par les collaborateurs occasionnels du service public, les parents-accompagnateurs de sorties scolaires ou les personnels de crèche. Même chose pour certaines pratiques à l'hôpital ou dans les salles de sport. Des associations de consommateurs ou de parents s'inquiètent aussi d'acheter ou de voir servie dans les cantines de la viande hallal sans le savoir. C'est un problème de liberté, les gens ne sont pas obligés de consommer de la viande hallal.

Ces phénomènes ne sont-ils pas marginaux ?

Les médias aidant, ces problèmes préoccupent tous les Français. Peu d'entre eux voient par exemple des prières dans la rue mais la télévision et les journaux les rendent très visibles. On s'en inquiète dans des villages de Bretagne où il n'y a pourtant pas un seul musulman.

Les violences aux personnes, les vols et les cambriolages sont en hausse. N'est-ce pas un échec de Nicolas Sarkozy ?

Je m'insurge contre cette affirmation d'un échec de Nicolas Sarkozy. La gauche accuse alors que la dernière fois qu'elle était au pouvoir, la délinquance a augmenté de 17,8 % en cinq ans. Depuis 2002, elle a baissé de 16 %. L'échec, c'est celui de la gauche! Cela étant, il est vrai que, si les violences crapuleuses contre les personnes ont reculé, les violences gratuites, elles, ont augmenté. Je ferai l'impossible pour qu'elles reculent, comme l'ensemble de la délinquance. Je compte aussi améliorer le climat de sécurité. D'ici à l'été, 1000 personnes en plus seront déployées dans les transports en Ile-de-France, soit une hausse de 25 %. Toujours sur le climat, il faut travailler à améliorer la relation entre les policiers et la population. On peut avoir davantage de patrouilles à pied, à effectifs plus réduit, davantage de voitures sérigraphiées, une présence policière plus visible. Deux lois publiées en 2007, sont restées insuffisamment utilisées : celle de la prévention de la délinquance et celle de l'aide à l'enfance. Ces lois permettent d'impliquer le tissu social dans la prise en charge de la sécurité. La police et la gendarmerie doivent reprendre des contacts plus systématiques avec la population. La sécurité c'est pour tous. Elle est aussi l'affaire de tous.

C'est le retour à la police de proximité, chère à la gauche ?

En aucune façon. La première fois que l'on a parlé de police de proximité, c'était dans la « loi Pasqua » de1995. Mais cela ne signifiait pas que les policiers se transforment en assistants sociaux ou en animateurs sportifs. La police a une fonction de prévention, de protection et de répression.

Critiquerez-vous, comme votre prédécesseur, la justice quand elle condamne des policiers ?

Il est de mon devoir que les ministères de l'intérieur et de la justice entretiennent de bonnes relations et de faire en sorte que les policiers s'entendent bien avec les magistrats. A cet égard, les choses peuvent être améliorées.

Vous voyez-vous comme ministre des flics ?

Non, je me vois comme ministre de la sécurité.

A quelles réunions participez-vous à l'Elysée ?

Je participe aux réunions de ministres. Je ne participe plus à aucune réunion interne à l'Elysée.

Envisagez-vous de vous présenter aux législatives ?

Non.

Votre départ de l'Elysée a-t-il été une condition de la nomination d'Alain Juppé, au Quai d'Orsay ?

Je ne pense pas. Devant la répétition de cette affirmation, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy m'ont téléphoné pour m'affirmer le contraire. Je me suis très peu occupé de politique étrangère, 5 % de mon emploi du temps, pas plus, et uniquement quand cela était nécessaire. J'avais assez de travail. Mais ce n'est un secret pour personne. Bernard Kouchner n'était pas désiré en Algérie, ni en Syrie. J'y suis allé, je lui ai même ouvert la voie en Syrie.
Le but était de faire en sorte que des pays qui s'étaient mis à l'écart du concert des nations, s'y réinsèrent. Même chose pour Kadhafi avec lequel nous avons été en relation comme les autres pays européens. Même Human Rights Watch avait reconnu l'évolution de son régime. Depuis, bien sûr, les choses ont dramatiquement changé.

Propos recueillis par Yves Bordenave, Arnaud Leparmentier et Elise Vincent

 

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