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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 11:36

La première secrétaire du PS reprend une des mesures-phares du gouvernement Jospin. La solution ?

Quand Martine Aubry ressort les emplois-jeunes du placard

La première secrétaire du PS va dévoiler le programme du PS pour les jeunes samedi. © Vincent Dargent / Abaca

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Par Marc Vignaud

Comment faire du neuf avec du vieux. À peine les résultats des élections cantonales connus, Martine Aubry a dévoilé la mesure-phare du PS afin de lutter contre le chômage des jeunes : financer 300 000 "emplois-jeunes" à hauteur de 4 milliards d'euros par an grâce à la suppression des exonérations de charges sur les heures supplémentaires. Bien sûr, ce ne sera pas la seule proposition en faveur des jeunes : les autres devraient être dévoilées samedi 2 avril. Il n'empêche, le symbole est là, la première secrétaire n'hésite pas à reprendre une idée du gouvernement Jospin qu'elle avait elle-même lancée en 1997, il y a quatorze ans.

Les emplois-jeunes version 2011, destinés au secteur non marchand, devraient être financés à 75 % par l'État pour une durée maximale de cinq ans, selon Alain Vidalies, secrétaire national PS à l'Emploi. 150 000 devraient être ciblés sur le secteur du développement durable et autant sur les zones urbaines sensibles.

 

Des contrats mal ciblés

"C'est un retour vers le passé", ricane Olivier Carré, secrétaire national en charge des Stratégies économiques à l'UMP. "Ces vieilles recettes peuvent fonctionner ponctuellement, mais ne changent structurellement rien au chômage des jeunes qui reste élevé dans notre pays." Stéphane Carcillo, maître de conférences à Paris I et spécialiste de la politique de l'emploi, est à peine plus tendre : "D'après des évaluations, cela n'aide pas les jeunes à trouver un job qui ne soit pas subventionné." Certes, une étude de la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques) de novembre 2006 conclut à la bonne insertion des jeunes ayant bénéficié de la mesure de la patronne socialiste. Y aurait-il eu de moins bons résultats sans ? "Cela reste à démontrer, car ces contrats ne sont pas nécessairement ciblés sur les plus éloignés du marché de l'emploi, c'est-à-dire les quelque 120 000 jeunes qui sortent chaque année du système éducatif. Au contraire, les emplois-jeunes détournent du secteur marchand des jeunes qui auraient pu décrocher des contrats par eux-mêmes ou avec l'aide de Pôle emploi", juge l'économiste.

Éric Heyer, directeur adjoint au département analyse et prévision de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), y est beaucoup plus favorable. "On serait dans la conjoncture de 2007, les emplois-jeunes ne serviraient à rien. Mais nous sommes dans une période de faible croissance insuffisante pour faire baisser le chômage au-delà de 9, 2 %. La consolidation budgétaire à l'oeuvre dans tous les pays développés va briser le rebond qu'on aurait dû avoir après une crise de cette ampleur." Le recours aux emplois-jeunes serait donc une "voie intermédiaire entre la création massive de postes de fonctionnaires et le recours à des contrats aidés précaires" de période trop courte pour créer des emplois en attendant la sortie du marasme. "C'est fait pour faire baisser le chômage le plus rapidement possible. C'est une gestion à court terme", confirme Stéphane Carcillo. Mais selon lui, le retour de la croissance en 2012, même limitée, ne justifie pas de dépenser 4 milliards d'euros par an sur ce type de contrat. "En 1997, rappelle-t-il, les emplois-jeunes ont été mis en place en plein boom de la croissance, c'était donc une mesure à contretemps."

 

Coût exorbitant

Les emplois-jeunes sont des contrats relativement chers en comparaison de contrats subventionnés dans le secteur privé. Selon les chiffres annoncés par Martine Aubry, l'État verserait 13 333 euros par an pour chacun d'entre eux, soit environ la rémunération annuelle nette versée au jeune (souvent au smic) ! Quatre milliards, c'est aussi à peu près l'équivalent du budget consacré par l'État à la politique de l'emploi (Pôle emploi, aide à l'alternance, contrats aidés), assure Stéphane Carcillo.

 

Pour l'UMP, il vaut mieux travailler sur "une meilleure adéquation entre la formation des jeunes et le marché du travail", ce qui passe par le développement de l'alternance et de l'apprentissage. Et de citer l'Allemagne où le chômage des jeunes est très inférieur au taux français (10,1 % contre 24,2 % en décembre 2010). Pour cela, l'État doit signer des contrats avec les régions responsables de la formation professionnelle, souligne Olivier Carré. Une façon de renvoyer les socialistes, qui contrôlent la quasi-totalité des régions, à leur responsabilité en matière d'emploi des jeunes.

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