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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 12:01

 

Pour pallier le manque de médecins, une élue socialiste aurait eu l’idée « très intéressante » de demander aux vétérinaires de les remplacer !
Ainsi, en faisant le tour de la ferme, le vétérinaire pourra intercaler quelques visites de malades qui présentent des troubles aigus. Bien entendu, ces troubles doivent être aigus car, dans le cas contraire, le malade pourrait très facilement aller consulter un peu plus loin. Imaginez-vous donc le vétérinaire remplacer SOS Médecins ?
Cette proposition est doublement aberrante.
D’abord, les vétérinaires, aussi instruits et intelligents soient-ils, ne voient pas les mêmes pathologies sur les animaux, même si l’homme est au sommet de la pyramide animale, du moins le pense-t-il.
Ensuite, un simple problème d’ordonnance. Les pharmaciens vont-ils accepter celles des vétérinaires ? Et qui sera responsable en cas d’erreur de prescription ? Laissons cette idée saugrenue à celle qui l’a envisagée et parlons des vrais problèmes.
Depuis des années, une vraie pénurie de médecins existe. Les causes sont multiples. D’abord, en 1974, quand le numerus clausus a été instauré, les syndicats médicaux pensaient que moins il y aurait de médecins, plus ceux-ci travailleraient. C’était une attitude stupide et dangereuse : le gâteau étant identique, moins on est à le consommer, plus les parts sont grosses ! Evidemment, c’est tout le contraire qui se passe : le bien-être des Français, la volonté de l’État de mieux les soigner, font que le rôle des médecins est devenu prépondérant.
La deuxième raison est la désertification des campagnes. En effet, depuis des décennies, les Français se regroupent dans les villes, délaissant les campagnes. Les services publics disparaissent, qu’il s’agisse des écoles, de la Poste, des hôpitaux voire des casernes ou des palais de justice et l’on comprend parfaitement qu’il est difficile pour un médecin de s’installer dans un désert. Que fera-t-il de ses enfants ? Où ira-t-il faire ses courses ?
Enfin, et ceci n’est pas négligeable, dans une campagne isolée, le travail est beaucoup plus difficile, astreignant. Il faut être présent quasiment 24 h sur 24, parcourir de très longues distances et les rémunérations actuelles des médecins sont ridicules. J’ajouterai une dernière remarque : la paperasserie issue de la Sécurité sociale, les tracasseries permanentes qu’elle leur fait subir, deviennent insupportables.
Pour toutes ces raisons, lorsqu’un médecin âgé prend sa retraite, il n’est pas remplacé. Ainsi, petit à petit, les campagnes ne sont plus attractives pour les médecins qui s’en détournent. On voit maintenant arriver des médecins de l’Europe de l’Est (Roumanie, Pologne), attirés un temps par les campagnes, et qui vont (vraisemblablement assez rapidement), une fois qu’ils auront été acceptés en France, partir vers les villes. L’étape à la campagne n’est que transitoire.
Il est important, si l’on veut rééquilibrer la France, de repenser la décentralisation, l’accessibilité à tous les services publics et aux médecins.
La télémédecine aurait pu, dans l’imaginaire de certains, aider ces médecins isolés mais il ne faut pas trop y compter. La médecine est véritablement un rapport humain. Elle peut parfois être aidée par les télétransmissions, mais seulement à titre accessoire.
Dans les hôpitaux, le phénomène est le même. L’hôpital public n’est plus attractif. Il n’est pas rare de voir, aussi bien à Paris qu’ailleurs, des médecins étrangers venir « donner un coup de main » aux médecins français, débordés, soit aux urgences, soit même dans les services classiques. 30% des médecins titulaires dans les hôpitaux sont des étrangers à diplômes étrangers. Il est malséant de dire que ces diplômes sont moins bons que ceux délivrés en France mais c’est souvent la réalité. Il fut un temps (existant encore aujourd’hui) où les médecins étrangers recrutés par les hôpitaux n’avaient pas le droit d’exercer en cabinet. Cette situation est ubuesque et inacceptable. S’ils sont bons, ils peuvent exercer à l’hôpital et en cabinet, sinon, ils ne doivent pas être recrutés.
Ce n’est pas uniquement en augmentant le numerus clausus, comme je l’ai entendu ici et là, que l’on pourra pallier cette crise grave. Il faut, comme je l’ai dit, revoir la décentralisation et, dans les zones désertifiées, le mode de rémunération. Il est possible d’instituer éventuellement, pour ceux qui le voudraient, des bourses dès le début des études, bourses qui seraient transformées en contrat particulier pour les étudiants qui accepteraient de passer 8 à 10 ans dans ces zones plus difficiles. 
Bref, il existe beaucoup de solutions mais elles ne pourront jamais être prises seules. Elles doivent s’intégrer dans une vision globale de réhabilitation des campagnes.
Pr. Bernard DEBRÉ
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