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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 20:18

 

Je vous invite à lire ma tribune sur la politique étrangère que je publie demain dans les colonnes du Figaro :

 

La politique étrangère de la France offre une nouvelle illustration de la méprise qu'a constitué la campagne de François Hollande.

Le candidat n'avait pas de mot assez durs pour qualifier l'effacement de l'hexagone de la scène internationale et les erreurs à répétition de Nicolas Sarkozy:

L'intervention auprès du gouvernement russe pour stopper la guerre contre la Géorgie fut approuvé du bout des lèvres après qu'elle ait réussi. La finalisation de notre retour complet dans l'Otan fut condamné avec une violence qui rend grotesques les tortillements du nouveau président de la république pour justifier son renoncement à tout retour en arrière. La dénonciation du renforcement de nos moyens en Afghanistan au moment ou nos alliés nous le demandaient parce que l'avenir de la fragile reconstruction d'un état afghan en dépendait témoignait d'une politique de l'émotion, pas d'une stratégie responsable appuyée sur une vision de long terme. Les longs mois de silence devant le coup d'état de Laurent Bagbo en Côté d'Ivoire resteront une tâche indélébile dans l'histoire du parti socialiste français. La condamnation de l'inaction supposée de la France dans les les révolutions arabes fut immédiatement suivi de commentaires inutiles et suffisants sur l'inspiration de l'intervention militaire en Libye qui a été la décision de Nicolas Sarkozy presque seul contre tous avant d'être rejoint par les innombrables supporters de la victoire. Quand aux efforts incessants de la France pour obtenir une décision du conseil de sécurité des nations unies pour mettre fin aux massacres en Syrie, ils ont été salué par des commentaires irréfléchis sur la présence de Bachar El Assad au lancement de l'union pour la Méditerranée à Paris.

Après ce festival de condamnations, de critiques condescendantes et de postures "droit de l'hommistes" on s'attendait à un festival d'initiatives françaises sur la scène internationale, à une omniprésence de François Hollande et de Laurent Fabius, en un mot à de l'action et à des résultats. La déception est à la hauteur des excès de critiques dont les socialistes nous ont accablé durant 5 ans. Oui il y a une grande différence entre la politique de Sarkozy et celle de Hollande: le premier prenait des risques, cherchait à renouveler une politique étrangère trop souvent synonyme d'immobilisme et de faux semblants, le second ne se préoccupe que de sa «normalitude et préfère de beaucoup son image à la recherche de résultat!

En Afghanistan la page française ouverte par Chirac et Jospin est refermée sans aucune perspective.

En Libye, le courageux peuple libyen se dit abandonné par la France et par l'Europe.

On attend toujours un discours de la France sur les événements qui disloquent peu à peu le plus grand pays du moyen orient, l'Egypte. Le silence,français sur l'Iran est assourdissant.

Mais le comble est atteint avec la Syrie ou le gouvernement français fait le service minimum. Pendant la campagne électorale, François Hollande avait indiqué qu'il était favorable à une intervention militaire de la France dans ce conflit pour peu que le conseil de sécurité l'autorise. J'ai toujours pensé qu'une telle intervention militaire serait une très grave erreur stratégique. Faire de la Syrie un nouvel Irak, théâtre des pires affrontements entre chiites et sunnites manipulés en sous main par un Iran qui reste la menace numéro un pour la paix dans le monde n'est pas une option. Sans compter que la Russie n'apportera jamais son soutien à une telle initiative, pire elle la combattra sur le plan diplomatique mais aussi avec d'autres moyens dont elle a gardé la maîtrise. Si l'on veut vraiment allumer la mèche d'un conflit généralisé au proche et au moyen orient et recréer les conditions d'une nouvelle guerre froide il ne faudrait pas s'y prendre autrement. Alors plutôt que de s'invectiver lamentablement quand des hommes et des femmes meurent sous les bombes et les tortures il vaudrait mieux chercher à débloquer le véritable verrou de ce conflit: la position de Moscou!

J'ai beaucoup parlé de cette crise avec Vladimir Poutine. Ses arguments que je réfute ne sont pas méprisables! Il redoute une contagion fondamentaliste à l'ensemble de la région dont la Russie est plus proche et plus dépendante que l'Europe et l'Amérique. Il sait que les américains auront bientôt quitté l'Afghanistan qui risque de redevenir un foyer terroriste aux portes de la Russie. Il constate que l'intervention américaine en Irak a conduit au chaos pour longtemps, il redoute le retour en arrière de l'Egypte aux mains des fondamentalistes. Il ne veut pas ajouter la Syrie à la liste des foyers de déstabilisation de ses frontières sud. Nous ne pouvons pas accepter cette position et nous ne l'avons jamais accepté, mais nous ne pouvons pas non plus rester les bras croisés face à ce blocage diplomatique. L’incompréhension est telle entre la Russie et les Etats-Unis que seuls les européens peuvent engager avec la Russie le dialogue qui peut résoudre la crise.  C'est pourquoi la France peut jouer un rôle clé avec l'Allemagne pour faire bouger Poutine. Le sujet n'est plus du niveau des ministres des affaires étrangères, il est maintenant du seul ressort des chefs d'Etat.

Au lieu de recevoir Poutine avec des pincettes, au lieu de l'humilier en bloquant la construction du centre orthodoxe du quai Branly et de bouder l'inauguration du monument à la mémoire des soldats russes morts pour la France durant la grande guerre, le gouvernement français devraient faire preuve de réalisme et d’un peu de courage pour construire une relation de confiance avec la Russie! Ce n'est pas à New York que la crise Syrienne se dénouera, c'est à Moscou. Que Poutine lâche le régime Syrien et il tombera comme le fruit pourri qu'il est.

Si j'étais François Hollande je prendrai l'avion maintenant pour Moscou, si possible avec Angela Merkel et je chercherai à offrir à la Russie de véritable garantie sur sa sécurité et sur une relation de confiance avec l’OTAN qui doit inclure la question de la défense anti missile à laquelle les russes doivent être réellement associés. L'ours russe n'est dangereux que quand il a peur. Offrons lui sans détour la perspective d'un accord historique d'association avec l'Europe. Ce que François Hollande ne comprend pas c’est qu’il faut ancrer la Russie à l’espace européen .

Je sais bien que les diplomates trouveront dix mille raisons qui empêchent cette avancée historique, l'insuffisance de l'état de droit en Russie, l'instabilité des règles juridiques et commerciales, la corruption... Tout cela est vrai mais tout cela ne peux justifier que nous restions inactifs face au piège infernale qui est entrain de s'armer au confins de la Perse, de la Mésopotamie et l'assyrie.

Que notre Président normal comprenne qu'il n'y a rien de normal dans le monde dont il est désormais l'un des principaux responsables. Qu'il prenne des risques, qu'il abandonne ses postures bourgeoises et atlantistes version guerre froide. Qu'il parle avec la Russie.

Pour ma part je le soutiendrai  même s'il devait échouer dans cette tentative de la dernière chance.

 

François Fillon

 

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