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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 16:36

Mon analyse de la première année de présidence de François Hollande dans les colonnes du Figaro Magazine.

Le Figaro Magazine : Vous réclamiez un minimum d’union nationale. 78% des Français sont favorables à la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Cela va dans votre sens?

Pour moi, l’union nationale ce n’est pas un gouvernement de la IVème République! Quand j’évoque l’union nationale, je veux parler de la mobilisation de la nation autour d’un projet de redressement et en aucun cas des calculs d’appareils ni des ambitions personnelles.

A quelles conditions cette union nationale?

La condition serait un renversement de politique. Si le Chef de l’Etat propose un projet de redressement national, basé sur un retour de la compétitivité française, s’il consacre la totalité de ses efforts à obtenir des résultats économiques, s’il suspend les réformes qui divisent les Français comme celle du mariage pour tous, et enfin s’il propose à l’Allemagne de bâtir un nouvel espoir pour le continent européen au lieu de diviser nos deux pays, alors on peut imaginer qu’il y ait des hommes et des femmes prêts à soutenir une telle politique.

Soutenir sans gouverner?

Je ne veux pas d’une union nationale version «bisounours». Pour gouverner, il faut avoir une majorité parlementaire. Si François Hollande ne veut pas d’élections anticipées, il doit changer de politique et constituer une équipe compétente, capable de gouverner avec la majorité actuelle et l’appui vigilant de l’opposition.

Vous ne croyez pas à la sincérité des socialistes qui disent éviter de rajouter des tensions dans la société en prenant des mesures radicales

Le risque de déflagration sociale vient précisément de ce manque de courage. S’ajoutent des mauvaises décisions accumulées par le gouvernement depuis un an. Ce mélange de faiblesse et d’erreurs a pour conséquence l’augmentation du chômage et la récession économique que j’ai annoncée depuis le mois de juillet. Le quinquennat est en miette, brisé comme les espoirs que ses électeurs avaient mis dans l’élection de François Hollande.

Les intérêts de la France et de l’Allemagne ne sont-ils pas devenus divergents aujourd’hui?

Non je ne crois pas. Il existe des différences de vue liées à notre histoire et nos intérêts. Avec Nicolas Sarkozy nous avons montré que nous pouvions les surmonter par une convergence mutuelle. Ceux qui évoquaient l’alignement de la politique française sur l’Allemagne se sont trompés. Mme Merkel n’était pas décidée à apporter sa garantie aux banques allemandes pendant la crise de 2008, elle l’a fait grâce à la pression française. A l’inverse nous avions compris que l’Allemagne ne peut à elle seule assurer la crédibilité de la monnaie européenne. Je ne reproche pas à François Hollande d’avoir un débat avec Angela Merkel, je lui reproche son attitude méprisante à son égard. Il pense que le SPD mènera une politique différente s’il revient au pouvoir. Il se trompe. Le SPD ne ferait pas une politique différente, il ferait une politique allemande. Plutôt que de risquer une scission irrémédiable entre nos deux nations, je milite au contraire pour une confédération franco-allemande qui organise la convergence de nos économies.

Quel bilan tirez-vous de la première année de François Hollande?

Aujourd’hui il y un désaccord et un désamour historiques entre un Président et la société française. On nous promettait Gehrard Schroeder ou Pierre Mendès-France, on a René Coty ! François Hollande est en situation d’échec sur tous les sujets. Echec économique avec la récession et le chômage de masse, échec financier avec un dérapage budgétaire dès 2013, échec politique avec la manifestation de M. Mélenchon le 5 mai, échec moral avec l’affaire Cahuzac. La France est dans une situation de déclin qui ne date pas d’aujourd’hui et dont François Hollande n’est évidemment pas seul responsable. De 2007 à 2011 nous avons tenté de redresser le pays autour de trois idées simples: travailler plus, réformer plus et dépenser moins. Tout n’a pas été réussi, mais nous avions le bon cap.

Aujourd’hui, François Hollande est dans une impasse parce qu’il a fondé sa victoire sur un mensonge. A partir d’une analyse fausse de la crise et de la société, il a développé de faux remèdes. Depuis le début, il est en décalage avec les Français. Il ne connait que le PS, les courants du PS, les fausses synthèses du PS. Nos concitoyens voient que François Hollande n’est pas à la hauteur de l’urgence et de la gravité de la situation. Le sentiment que le pays va à la catastrophe explique la colère qui monte.

C’est d’abord de l’incompétence ou avant tout de l’aveuglement idéologique?

A la source, il y a l’incapacité de la gauche à trancher entre la social-démocratie et le socialisme dirigiste. Depuis 2002, le PS aurait du voir le monde basculer, renouveler son projet, moderniser sa doctrine. Il s’est affranchi de ces efforts. Il a tout misé sur l’antisarkozysme. La faute originelle est là. La fameuse tirade de François Hollande « moi président » va le poursuivre pendant tout son quinquennat: Moi président de la République, je précipiterai la France dans la récession et le chômage, Moi Président de la République j’augmenterai les impôts, Moi président de la République, je mettrai en péril la relation franco-allemande, Moi président de la République je laisserai les ministres contredire la politique du gouvernement. Moi président de la République, je supprimerai les internats d’excellence qui permettaient de mettre la réussite à la portée de tous. Moi président de la République, je nommerai mes camarades de promotion à toutes les responsabilités au sein de l’Etat... J’arrête ici les frais !

Vous parlez de catastrophe. Certains évoquent 1789, d’autres les années 30, voire mai 1968. Quelle est la bonne référence?

Rien n’est jamais comparable. Je crains une décomposition psychologique et morale du pays. Si François Hollande ne prend pas très rapidement la mesure de la situation, et si la droite n’est pas en mesure de canaliser les aspirations populaires, je crains une atomisation de notre République qui rendrait la France très difficile à gouverner.

Dans ce contexte que doit faire l’UMP?

Face à la gravité de la crise, nous avons un devoir absolu : faire passer les questions d’intérêt national devant nos rivalités personnelles. Nous devons être des opposants unis et déterminés et ne laisser au gouvernement aucun répit. Mais on ne doit pas se contenter de la seule critique. Nous devons faire l’analyse de nos réussites et de nos échecs des 10 dernières années. Nous devons réussir à capter les mutations de la société française. La contestation contre le mariage pour tous révèle une société en quête de racines et de repères. Quant aux électeurs déçus qui avaient voté à gauche, ils sont en mal d’un discours de vérité. Il faut rassembler tous ces Français autour du redressement national.

Comment le faire?

A l’occasion des prochaines échéances électorales, tout projet catalogue qui consisterait à contenter tout le monde est voué à l’échec. Notre projet doit se concentrer sur 10 priorités. Ce ne doit pas être un projet de temps calme mais un projet vérité, de combat pour la croissance. La France ne peut pas supporter un mensonge de plus !

Analyser les réussites et les échecs revient à faire un inventaire du quinquennat de Nicolas Sarkozy?

Pas au sens où la gauche voudrait nous l’imposer pour que nous ne parlions que du passé! L’aggravation de la crise économique nécessite une politique de réformes dont la mise en œuvre doit être beaucoup plus rapide et volontaire que ce que nous avons fait autrefois. Je milite pour un programme de redressement national resserré mais avec une méthode qui fasse comprendre à chacun de nos concitoyens qu’il n’y aura pas de demies-mesures ni de compromis possibles.

Sur le mariage pour tous, en quoi consisterait votre programme?

L’idéal serait que le gouvernement suspende l’application de ce projet. Il peut encore le faire. On a déjà connu des textes votés et non appliqués. L’idée d’abroger en 2017 un texte en vigueur depuis quatre ans ne tient pas juridiquement. La seule solution, et je l’ai dit depuis le début du débat, sera de réécrire le texte pour durcir les conditions de l’adoption et interdire absolument tout recours à la PMA et à la GPA. Le mouvement de protestation contre ce projet a déjà abouti à un résultat: le gouvernement ne s’aventurera plus sur ce terrain d’ici la fin du quinquennat. La PMA et la GPA, c’est terminé, quelques soient les rodomontades de certains dirigeants socialistes.

Comment mettre en place un projet d’alternance quand on connait la situation de l’UMP?

L’UMP a connu une crise démocratique considérable. Il faut essayer d’être positif et voir en quoi celle-ci a pourrait au final être un atout. Je n’oublie rien de ce qui a pu se passer, l’élection n’a été ni sincère, ni transparente. Je ne regrette pas le combat que j’ai mené qui est en train d’aboutir à une transformation de notre organisation. Nos statuts seront plus démocratiques et nous avons acté le principe de primaires ouvertes pour le choix de notre candidat à la présidence de la République.

Henri Guaino estime qu’une primaire ce n’est pas très gaulliste!

Qu’est ce qui est le plus gaulliste ? La démocratie élargie ou les petits conciliabules ? Les primaires ouvertes, c’est le système le plus moderne et le plus sincère pour choisir le candidat de la droite et du centre. Elles permettront de créer une dynamique populaire autour du candidat et de fédérer l’électorat de la droite républicaine et du centre.

Si les primaires ouvertes ont lieu, cela veut-il dire que la présidence de l’UMP est moins stratégique ?

La clarification des statuts de l’UMP, la décision d’organiser des primaires ouvertes et la gravité de la crise française rendent en effet cette compétition interne moins stratégique.

Manifester, occuper la rue, n’est-ce pas un moyen de faire prendre conscience à M.Hollande de la nécessité de changer?

Je suis solidaire de tous ces Français qui ont manifesté leur attachement au mariage traditionnel et je respecte ceux de mes amis qui se sont joint à eux dans la rue. Ayant eu pendant plus de dix ans des responsabilités gouvernementales, j’ai considéré que ma place n’était pas dans la rue. Sur l’appel de l’UMP, parti de gouvernement, à aller manifester le 26 mai contre un texte voté, et peut être validé par le conseil constitutionnel, j’ai des réserves. La dernière chose dont la France ait besoin aujourd’hui c’est d’une crise institutionnelle. Le rôle de l’UMP c’est de préparer l’alternance, pas de pousser les français dans une contestation passionnelle. Le rôle de l’UMP, c’est maintenant d’offrir à ce mouvement populaire une perspective politique.

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