C’est un véritable tournant de la lutte contre le terrorisme islamique. La figure emblématique de Ben
Laden a disparu, le chef d'Al Qaida a été tué par les Américains. Cette victoire est fondamentale pour différentes raisons.
D’abord, elle redonne aux Américains une fierté qu’ils avaient perdue. Dix ans de traque, dix ans de guerre! Ils ont vengé les milliers de morts des tours jumelles et ceux tués en Afghanistan.
Ensuite, c'est un formidable espoir pour le monde occidental qui jusqu’à présent se révélait impuissant malgré les efforts militaires. Cette mort confirme, si besoin était, la légitimité d’une
présence en Afghanistan. Enfin, cette mort est pour les musulmans la mort de Ben Laden est la fin d'un lourd fardeau à porter.
Mais cette opération montre à la face du monde le double jeu des pakistanais. Comment ont-ils pu ignorer la présence de Ben Laden sur leur territoire, dans une maison entourée de barbelés, de
miradors, hyper protégée dans une ville résidentielle? Ils ont donc été complices. Nous savions tous que les services secrets pakistanais étaient noyautés par les talibans. L’Etat jouait sur les
deux tableaux, achetant la tranquillité d’un côté et de l’autre.
Cela dit, cette victoire ne marque pas la fin immédiate des attentats terroristes. Un autre prendra la tête de cette nébuleuse mais il saura qu’il ne fera pas de vieux os. Il sera traqué, tué, ou
fait prisonnier quoiqu’il arrive.
Certes, les prochains jours, les prochains mois seront dangereux. Des attentats auront lieu contre les occidentaux, contre les musulmans modérés. Il faut donc redoubler de prudence, ne pas lâcher
la pression militaire.
Mais, d’un côté les révolutions arabes qui, qu’on le veuille ou non, sont marquées par la volonté de démocratie, et de l’autre côté la guerre farouche contre Al Qaïda couronnée de succès, feront
que dans six mois, dans un an, le terrorisme dans sa forme actuelle disparaîtra. Je ne me fais pas d’illusions, le monde sera toujours aussi dangereux, d’autres formes de terrorisme surgiront
mais victoires après victoires, la démocratie fera des progrès.
Avec les années n’oublions jamais qu’il faut aussi « partager » ; le monde est trop différent. Les pauvres à côté des riches. Sachons, pour apaiser les inégalités, aider les pays pauvres. Cette
forme d’action est aussi importante, peut être plus que la guerre.
Les États-Unis ont retrouvé leur honneur, leur fierté et la démocratie a fait un grand pas
Pr. Bernard Debré
Ancien Ministre
Député de Paris