C’est la coutume, le monde entier va oublier 2010 pour espérer une année meilleure en 2011.
L’année qui se termine a été en France celle des manifestations contre la réforme des retraites. Celle de l’ambiguité. Alors que les Français dans leur ensemble savaient qu’une réforme était
nécessaire, ils la voulaient pour les autres, non pour eux. L’opposition a enfourché ce cheval de bataille, démagogiquement, assez maladroitement, il est vrai, promettant ce que personne n’a cru,
de revenir sur cette réforme. Les jeunes, poussés par la gauche, ont manifesté eux aussi. La France était en effervescence comme si elle était seule au monde.
Cette poussée de fièvre a été calmée par les grands froids. Nicolas Sarkozy a tenu, François Fillon été exemplaire. Eric Woerth, cible de tous les médias, semblait être un soldat assiégé. Sans
broncher, il a défendu la réforme.
Qu’en pensent maintenant les Français ? Curieusement, ils semblent avoir acceptés le bon sens ! Ils ont essayé d’aller contre le conservatisme frileux et ils remercient le gouvernement d’avoir
tenu.
Le deuxième sujet de l’année 2010 restera le remaniement ministériel. Curieuse gestion d’un changement annoncé trop tôt. Le Président de la République a, je le pense, commis une erreur en
décidant de l’annoncer sans immédiatement l’exécuter. La « tragédie » de Jean-Louis Borloo a ému une partie (faible) des Français. La ténacité de François Fillon a étonné : voici que ce Premier
ministre qui paraissait docile, s’est révélé un roc. Il a montré là une véritable détermination. Imposant sa volonté, remettant le rôle de Premier ministre au centre de l’action gouvernementale.
Quant à son gouvernement, il a peu changé, sauf si l’on considère l’entrée d’Alain Juppé à l’Hôtel de Brienne comme un évènement d’importance. Certes, il y a quelques déçus, hommes ou femmes,
comme toujours, qui ont subi avec plus ou moins d’acuité le « syndrome dépressif postministériel », en particulier Rama Yade qui découvre qu’elle n’est ni le centre du monde ni indispensable à la
bonne marche de l’Etat. Le retour à la réalité est plus dur : personne n’est indispensable en politique.
L’opposition, quant à elle, s’est ridiculisée en différentes occasions. Je ne reviendrai pas sur son attitude pendant les manifestations sur les retraites, elle a été minable et n’a pas montré le
sens de l’Etat que l’on attendait d’elle, sauf précisément une ou deux personnalités, comme Dominique Strauss-Kahn, éloigné de la France, président du FMI, qui semble plébiscité par les Français,
et ce d’autant plus d’ailleurs qu’il ne dit rien sur la réalité politique française…Sera-t-il candidat ? Ce sera l’une des grandes interrogations de cette nouvelle année. Nous verrons alors, s’il
fait ce choix, si sa popularité reste aussi haute. Quant à Martine Aubry, elle a été tellement décalée qu’on peut se demander si elle a véritablement pour ambition de se présenter à l’élection
présidentielle.
Dans le monde, la guerre, les attentats quotidiens, l’Irak, malgré le désengagement des G.I. américains, l’Afghanistan, dont on ne connait pas l’issue, l’Afrique qui ne brille pas, surtout en
Cote d’Ivoire, par son sens de la démocratie…Longue est la litanie des tensions à l’étranger.
La crise économique a continué, elle est devenue sociale et même sociétale avec un chomage toujours plus haut, une guerre économique qui s’intensifie entre pays émergents et Occident qui semble
perdre confiance. La Chine impérialiste a poursuivi ses conquêtes, économiques, technologiques et surtout territoriales, en prenant de plus en plus pied en Afrique. L’Europe malmenée a été
ébranlée, l’euro a tremblé, il sera sauvé par la Chine…
Allons ! Cette année 2010 est terminée. Pensons à 2011. Beaucoup de travail nous attend. En France, il faudra combattre l’insécurité, subie par tant et tant de français, résoudre le problème de
la dépendance de nos ainés, et déjà se profileront les échéances électorales majeures. Dans le monde la guerre économique va s’intensifier, il faudra que l’Europe reste solidaire, ce qui ne sera
pas aisé, que les Etats-Unis mènent une politique moins hasardeuse…2011 sera donc soit la continuation –médiocre- de 2010, soit l’année du sursaut.
Effort, solidarité, responsabilité, se sont mes souhaits. Bonne année à tous !
Pr Bernard DEBRE
Ancien Ministre
Député de Paris