Je ne sais pas ce que va donner cette crise, qui non seulement se prolonge, mais s’intensifie, mais nous
n’en sortirons pas indemnes. C’est vraisemblablement l’occasion de revoir toutes les attitudes politiques aussi bien à droite qu’à gauche.
Il est loin le temps (1967) où la France n’avait plus de dettes, mais un budget en équilibre ! En 1975, seul le budget était de nouveau en équilibre, mais la dette existait déjà. Elle n’a fait
que croître et embellir pendant des dizaines d’années aussi bien sous des régimes de droite que sous ceux de gauche ; et ce dans presque tous les pays occidentaux. Pendant cette période si
longue, les politiques ont promis tout et n’importe quoi, avec sous couvert de générosité une immense démagogie !
Il faut maintenant réagir et vite. D’abord au niveau des dépenses. Il est impossible de continuer à dépenser l’argent que nous n’avons plus ! Retrouvons un comportement de « bon père de famille
». Des niches sociales sont pour beaucoup incompatibles avec la réalité financière, s 'avèrent souvent d’ailleurs immorales, ensuite il faut diminuer le coût de la fonction publique. La France
est un des pays qui a le plus grand nombre de fonctionnaires et les collectivités locales ont leur part de responsabilité. Dans le domaine de la santé aussi, des efforts sont à fournir : depuis
longtemps je demande que l’on revoie le maillage hospitalier. Trop d’hôpitaux, trop d'administration, pas assez de médecins, le constat est bien connu. Il y a 10 ans au moins que je demande la
révision de la carte hospitalière… La France souffre aussi de trop de fraudes : fraudes à la carte vitale, hyperconsommation médicale et de médicaments… Si j’ai pris cet exemple, il y en a de
multiples autres et l’instauration d’un fichier pour la sécurité sociale est indispensable. J’ai entendu un homme politique de gauche refuser un tel fichier. Voudrait-il dire qu’il faut tolérer
la fraude, fermer les yeux ? Je ne peux pas y penser, pas y croire !!!
Il faut parallèlement à cette diminution des dépenses, augmenter les recettes. Je l’ai dit par un travail sur les niches fiscales, mais aussi par ceux et celles qui grâce à la crise amassent des
fortunes incroyables, où qui par le biais des différentes gratifications bénéficient de salaires inconcevables. Mais il faut aussi, vraisemblablement, mettre temporairement une taxe sur les
transactions financières jusqu’à la reprise de l’économie et établir pour après des règles plus morales. Il n’est pas question de prôner une économie socialiste, on en a vu les dégâts partout
dans le monde, mais à une moralisation du libéralisme jusqu'à aujourd'hui débridé.
Cette réflexion sur la crise, une crise internationale suppose, qu’on le veuille ou non, de réfléchir sur l’immigration actuellement totalement incontrôlée. Pendant cette crise, doublée de
révolutions sanglantes, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants cherchent refuge en Europe. Je les comprends, ferais –je différemment ? Mais pouvons-nous les recevoir sans
mettre en péril notre économie, notre cohésion nationale ?
Les grandes orientations de l’ONU ne servent plus à rien. Il faut refonder un nouvel ordre mondial par l’intermédiaire de nouvelles structures. Bien entendu, je rêve, mais ne serait-il pas temps
de demander un gouvernement de salut public en France, réunissant une gauche rénovée et moins démagogique et une droite modérée ? Ne serait-il pas temps qu’au niveau onusien, une réflexion soit
portée pour redonner une chance aux pays pauvres ?
Il est des moments où les rêves sont indispensables et doivent être traduits en réalités.
Pr Bernard Debré
Ancien Ministre de la Coopération
Député de Paris