Conseiller Municipal 44640 SAINT JEAN DE BOISEAU Président de l'Association "LE C.R.I"....... CITATION: A la base de notre civilisation, il y a la liberté de chacun dans sa pensée,ses croyances, ses opinions, son travail, ses loisirs. Charles De Gaulle
Par: Jean Marie Colombani
Jean-Marie Colombani est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste et essayiste, il a été directeur du journal Le Monde de 1994 à 2007. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont récemment Un
américain à Paris.
Chaque jour suffit sa peine: c'est un peu ce que l'on peut se dire, au fur et à mesure du déroulement de la crise qui secoue toujours l'euro, la zone euro et l'Europe. A ce stade, l'Europe est à
la recherche d'un compromis, après la publication d'un document émanant de l'Allemagne, prévoyant tout un dispositif de sanctions contre les Etats qui seraient incapables de respecter les
disciplines collectives budgétaires et financières.
A la veille de la réunion des ministres concernés, Nicolas Sarkozy, recevant le nouveau ministre britannique David Cameron, avait fait un pas significatif en faveur de d'Angela Merkel — un de
plus — en acceptant le principe même de sanctions contre les Etats qui ne tiendraient pas leurs engagements; plutôt que des sanctions financières, le président français mettait en avant l'idée
d'une suspension du droit de vote. Mais le mouvement le plus important était intervenu la veille, lorsque le président de la république française avait formé le projet d'inscrire dans la
constitution la nécessité, pour tout gouvernement, de programmer, à l'entrée d'une législature, une politique de réduction des déficits. C'est une annonce forte, en effet, qui venait au lendemain
de l'adoption par le parlement espagnol du programme d'austérité décidé par le gouvernement Zapatero.
On le sait, la question posée par l'Allemagne, de façon insistante et parfois brutale, est celle de la rigueur budgétaire. Berlin souhaiterait en effet qu'à l'intérieur de la zone euro, et
au-delà à l'intérieur même de l'Union, chacun se conforme à des disciplines dont les Allemands sont familiers et qui ne sont guère pratiquées ailleurs. Le contexte est celui d'une opinion qui
avait été hostile au plan de sauvetage de la Grèce, auquel l'Allemagne avait finalement souscrit.
Encore que l'on peut faire observer que, à l'égard de la Grèce, la solidarité est toute relative, puisqu'il s'agit de prêts et non pas d'aides d'urgence, comme celles qui avaient bénéficié par
exemple à la Hongrie à travers le FMI. La suite de la crise grecque s'est ensuite étendue à la zone euro. Les dirigeants européens en ont sagement conclu qu'en l'état l'union monétaire n'était
pas complète car il lui manquait une union économique. Face à ce qui est donc la grande question européenne, celle de la gouvernance de l'Europe, tout le monde s'accorde pour affirmer une volonté
d'avancer vers davantage d'intégration.
Mais, bien évidemment, les philosophies divergent aussi bien sur le rôle de la banque centrale, que les Allemands voudraient voir limiter à la lutte contre l'inflation, que sur la nature des
engagements que peuvent prendre, ou devraient prendre, les différents états pour coordonner leurs approches budgétaires, économiques et financières.
Tout au long de ces discussions, de fortes tensions sont apparues entre Paris et Berlin. Selon certains, Nicolas Sarkozy aurait même un moment perdu patience et menacé Angela Merkel de sortir de
la zone euro, si elle n'acceptait pas le plan d'aide à la Grèce. Il faut, en tous cas, noter qu'à chaque fois le président français a fait les concessions nécessaires pour sauvegarder les
apparences en prenant soin de dire et de répéter que, tout au long de cette crise, Paris et Berlin harmonisent leurs positions et tiennent le même langage. La suite dira si Nicolas Sarkozy sera
ou non payé de retour. Et notamment si l'Allemagne, à son tour, acceptera de considérer qu'elle doit aussi bouger.
Ainsi, s'il est vrai que le problème français, par exemple, est celui de son déficit extérieur et de sa panne d'investissements, celui de l'Allemagne est rigoureusement inverse, avec une
consommation trop faible qui pénalise, par défaut d'importations, le reste de la zone euro. De la même façon, en France, on est enclin à considérer que la baisse actuelle de l'euro est de nature
à faire l'effet d'une dévaluation et constitue ainsi un élément de soutien de l'économie; tandis que l'Allemagne, bien qu'elle profite largement de l'avantage comparatif ainsi créé, reste fidèle
aux dogmes d'un euro fort.
Enfin, la question, qui est posée par les marchés aujourd'hui, est de savoir si les plans d'austérité, qui se mettent en place un peu partout et qui sont de nature à satisfaire les demandes de
l'Allemagne, ne vont pas trop vite et, d'une façon qui serait alors très dommageable ne vont pas bloquer la sortie de la crise et le retour à une croissance qui reste, quoiqu'on en dise, le
meilleure moyen de réduire les déficits.