En revanche, nous sommes amenés à nous interroger sur la démarche de syndicats que le souci de précision et d’exactitude semble honorer. Et pourtant… Si comme ils l’ont écrit, « l’INSEE n’a pas vocation à corriger toutes les mauvaises interprétations des données qu’elle publie, qu’elles soient de bonne ou de mauvaise foi », on pourrait s’attendre de leur part qu’ils aient la même exigence quant à leur propre production, dont il faut souligner le rôle essentiel d’information du monde politique, du législateur et de l’exécutif pour connaître la situation des Français et définir la politique de la France, c’est-à-dire apporter des solutions aux problèmes vécus par les citoyens. Ces données pourraient même servir, sait-on jamais, à expliquer, voire justifier des programmes politiques en période électorale… La matière statistique revêt ainsi un caractère quasi-sacré dès lors qu’elle est sensée servir la démocratie.
Or, que constate-t-on aujourd’hui, si ce n’est un emballement apparemment plus politique qu’attaché à la défense de la vérité ? Le propos semble excessif ? Personne pourtant n’a entendu s’élever la voix des mêmes syndicats, quand, depuis plusieurs années et malgré des alertes répétées par le Cerf, l’INSEE associé à la CGPME donne une publicité particulière aux salaires des patrons de PME, qui gagneraient plus de 5000 € par mois, en laissant croire qu’il y a là un élément probant de définition et de comparaison, pourtant bien loin des 1 890 € de revenu mensuel net réellement perçus. La faiblesse des revenus du patronat est-elle à ce point indécente qu’il faille la taire ? Ou dessert-elle les postures défendues par ailleurs par ces mêmes syndicats ?
N’est-il pas plus grave encore de constater que suite à ces interpellations, l’INSEE, au lieu d’apporter les précisions demandées, modifie sa présentation statistique en supprimant de ses références les 10% de patrons qui déclarent un revenu nul ou négatif ? Et de constater ensuite que cette manipulation a pour effet, à partir des mêmes chiffres, d’augmenter le revenu de référence de plus de 50% ? Comment ne pas s’alarmer quand le même document prétend renseigner sur la durée de travail hebdomadaire des patrons en donnant un chiffre précis (52 heures), quand il affirme quelques pages plus loin que l’INSEE « ne dispose d’aucune information sur le volume de travail des non-salariés » ?
Le revenu des patrons et leur temps de travail n’ont peut-être pas tant d’importance qu’il faille les traiter avec rigueur. Mais alors que le Cerf interpelait l’INSEE sur ces différents points, M Jean-Pierre Cotis, directeur de l’Institut, se voyait confier une mission par le Président de la République sur le partage de la valeur, laquelle serait captée par les patrons… Deux ans après, et en l’absence de toutes réflexions et actions positives des principales organisations syndicales et patronales en matière de pouvoir d’achat, le gouvernement met en place une prime qui aura fait couler beaucoup d’encre…
Les commentateurs sont souvent prompts à faire porter la faute au politique : un peu de discernement et de décence permettrait de voir que la force d’indignation d’un groupe de pression ne
trouve pas nécessairement ses plus puissants ressorts dans les justifications qu’il sait mettre en avant pour nous faire avaler ses couleuvres. « Quand le doigt montre la lune, l’imbécile
regarde le doigt », dit le proverbe.
Quoiqu’il en soit, le monde politique trop mal informé et conseillé ne saurait répondre aux attentes des Français, lesquels en retour le sanctionnent dans les urnes. Il est temps que cela
change, non ?