Il peut paraître illusoire de faire une loi sur la prostitution mais il
est nécessaire de rappeler que cette dernière, en France et en Europe, a profondément changé. D’après les statistiques, il ne s’agit plus de Françaises pratiquant une prostitution dite «
traditionnelle » dans les « bonnes vieilles maisons closes » de Michel Audiard, mais d’étrangères amenées de force dans notre pays, souvent extrêmement jeunes, provenant des pays africains ou
de l’Europe de l’Est. Ce sont des filles qui ont parfois été enlevées et sont exploitées par des réseaux. Il s’agit ni plus ni moins d’un esclavagisme moderne. Alors oui, pour lutter contre cet
esclavagisme, il faut être extrêmement sévère contre ces réseaux mais aussi contre les clients qui, pour beaucoup, savent d’où viennent ces filles.
La proposition de loi, débattue aujourd’hui à l’Assemblée nationale, et cosignée par un certain nombre de députés, n’est à mon avis qu’un aspect de la lutte contre
cet esclavagisme. Il est nécessaire d’avoir une action beaucoup plus forte et plus vive contre les proxénètes et les réseaux, une protection beaucoup plus importante vis-à-vis de ces filles et,
bien sûr, une action dissuasive à destination des clients.
La prostitution est l’aspect le plus dégradant des rapports humains. Certes, ce « métier » est « le plus vieux du monde » mais ce n’est pas une raison pour le voir
évoluer de cette façon aujourd’hui.
Vraisemblablement, une commission d’enquête pourrait éclairer les députés sur ce phénomène nouveau, humiliant pour la femme et pour l’homme. J’aurais aimé une
telle discussion, plus globale, et non cette simple proposition qui se limite à punir les « utilisateurs ».
Il eut été préférable de favoriser cette lutte contre les réseaux mafieux, esclavagistes, de promouvoir la réinsertion de ces jeunes femmes, éventuellement dans
leur pays, et une réflexion sur les « consommateurs », sans que cette réflexion soit exclusive de toute sanction.
Dans ce domaine, notre monde va mal car il existe d’autres types d’esclavagisme, en particulier par le travail. Par le passé, j’ai fait partie d’une association
qui luttait contre l’exploitation de ces jeunes gens, parfois au domicile de riches étrangers, et qui étaient véritablement considérés comme des esclaves. Je me souviens d’ailleurs avoir
soigné, à l’hôpital, il y a une vingtaine d’années, une jeune fille provenant des pays du sous continent indien et qui avait été atrocement mutilée car elle s’était rebellée contre ses maîtres.
Là aussi, l’homme peut montrer un visage particulièrement hideux.
Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris