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"La France n'est pas en faillite"

Interview

"La France n'est pas en faillite"
Propos recueillis par Béatrice Mathieu -  19/07/2010 16:41:00 
Reuters / Charles Platiau
Vue du ministère de l'Economie et des Finances, à Bercy.
 

Certes, la situation des finances publiques françaises est dégardée, mais les Français sont eux peu endettés. En conséquence, la rigueur n'a pas besoin d'être aussi marquée que dans les pays du Sud de l'Europe, estime Gilles Moec, économiste à la Deutsche Bank.

On a beaucoup glosé sur la "France en faillite". Pour vous, cette expression est disproportionnée?

Tout à fait, la France n'est pas en faillite. Sa situation financière n'est pas aussi catastrophique qu'on peut l'entendre. Certes, nous avons effectivement un problème de finances publiques. A plus de 8% du produit intérieur brut, le déficit public français est le plus élevé de tous les grands pays de l'Union européenne. Mais les agents privés, c'est à dire les ménages et les entreprises, sont relativement peu endettés par rapport à ceux des pays du Sud de l'Europe, du Royaume-Uni ou de l'Irlande. La dette du secteur privé atteint 147% du PIB dans l'Hexagone, contre 239% au Portugal ou encore 210% en Espagne.

Voir notre diaporama : Les pays les plus menacés par la crise de la dette

Comment expliquez-vous le relatif faible niveau d'endettement des agents privés ?

J'y vois trois raisons. D'abord, une explication historique. Les pays du Sud de l'Europe ont vécu une bonne partie des années 1990 avec des taux d'intérêts réels très élevés, ce qui n'était pas le cas en  France. Au moment de leur qualification à l'euro, les taux réels ont alors beaucoup diminué. Ces pays sont donc passés d'un rationnement du crédit à une situation où l'argent était très bon marché. D'où cette poussée de l'endettement. La deuxième explication de la sagesse française tient à la relative prudence du secteur bancaire. Certes, les banquiers ont considérablement allongé la durée des crédits bancaires mais ils n'ont pas cédé aux sirènes de la sophistication des prêts bancaires. Leur approche est restée très conservatrice ce qui a limité les dérapages. Troisième explication : en France, la bulle immobilière a été moins grosse que celle qui a enflé en Espagne ou au Royaume-Uni.  Trois raisons qui, au total, font que l'endettement privé reste raisonnable.

Quelle conséquence pour la conduite de la politique économique ?

Certes, la France va devoir obligatoirement rétablir ses finances publiques. Mais personne aujourd'hui sur les marchés ne remet en question sa capacité à payer ses dettes. Les facteurs de stress qui pèsent sur les banques sont également moins forts qu'en Espagne ou au Royaume-Uni, tout simplement parce que les ménages sont moins endettés. Concrètement cela veut dire que tant que les marchés ne s'inquiètent pas davantage, la France peut s'engager dans un rééquilibrage graduel de ses comptes publics. La rigueur n'a pas besoin d'être aussi marquée que dans les pays du Sud de l'Europe.

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