Le monde traverse une crise politique majeure, presque aussi importante que celle qui a vu l’effondrement
du communisme en URSS avec la chute du Mur de Berlin et la démocratisation des pays de l'Europe de l’Est. Les pays arabes, le Moyen-Orient, d’autres zones de notre planète s’émancipent de la
tutelle des dictateurs tous anciens. Un vent souffle, c’est celui de la liberté peut être même celui qui, en 1789, a soufflé en France.
Ce n’est que le début, les révolutions ne se font pas en un jour ou en un mois, elles commencent par abattre des dictatures, puis s’ouvrent des périodes instables, parfois dangereuses, elles
finissent pas s’installer. 1789, moment de déséquilibre, a d'abord engendré une dictature du peuple avec la Terreur, le sang, le génocide vendéen puis dans un retour de balancier un etat
totalitaire qui a accouché de l’Empire avant le retour de la royauté. Vinrent ensuite un nouvel empire, et enfin, cent ans après, une véritable république.
Que d’épreuves et de guerres mais, je l’espère, l’histoire s’est accélérée, grâce aux autoroutes de l’information, des réseaux sociaux… Peut-être, ces révolutions, aujourd’hui sanglantes
iront-elles plus rapidement vers une stabilisation démocratique.
Si le Moyen Orient et l’Afrique du Nord en sortiront transformés, ils s’inséreront dans un monde nouveau, en guerre économique. La vieille Europe colonialiste du XIXième et du début du XXième
siècle a perdu sa première place au profit des Etats-Unis, leader économique et technologique, tentés par une politique hégémonique, nécessaire à cause de la guerre froide. Mais voici maintenant
l’Asie triomphante qui a pris les rênes du monde, la revanche de la destruction du Palais d'été.
Où est notre place ? Devons-nous rester isolés, en France, et donner des leçons à tout le monde ? Vraisemblablement pas. Il faut construire une Europe mais véritable et non pas un amas de
technocrates tatillons qui parlent pendant des heures sur la taille des bouchons de liège, des bouteilles de vin, ou sur la qualité des fromages !
L’Europe doit avoir un rôle réduit aux principaux problèmes économiques, fiscaux et de politique étrangère et de défense. Qu’elle arrête de s’occuper de ce qui relève des nations, avec un appétit
glouton. Les etats-Nations ne doivent pas sombrer dans un fédéralisme technocratique.
A côté de l’Europe, il faut construire l’Union pour la Méditerranée, très belle conception qui doit maintenant vivre. En effet, c’est cette union qui doit associer l’essor économique des pays
riverains et les démocraties naissantes. Cette union est urgente, est-elle possible ? Je l’espère, il faut faire comprendre aux pays son importance et son urgence.
Ces deux entités rénovées doivent servir de fer de lance pour gagner la guerre économique et permettre le développement plus harmonieux entre les deux rives de la Méditerranée.
Que ce vent de liberté ne s’égare pas dans le désert ! Ce serait un drame, nous pouvons faire en sorte que les peuples reprennent confiance en leur destin.
Pr Bernard DEBRE
Ancien Ministre de la Coopération
Député de Paris