Economie et social | Ajouté le 30.08.2011 à 11H33
Dans une crise telle que nous la vivons, qui pourrait être contre l'idée d'une taxation des hauts revenus
? Il y a dans cette interrogation, beaucoup d'émotivité, d'impulsivité, voire de démagogie, mais peu d'efficacité.
D'abord qu'est ce qu'être riche ? Qu'est-ce qu'un très gros salaire ? Il y a quatre ans, François Hollande avait avancé le chiffre de 4 000 € de revenu mensuel. Il s'agit là, n'en doutons pas de
la classe moyenne. Il a récidivé ces jours-ci avec une boutade (qui n'en était pas une) « Que les riches sachent que nous arrivons! ».Le Grand Soir est annoncé, que cela se sache ! Voici
-enfin- une partie du programme socialiste, du bon socialisme de 1981 : augmentation des impôts, création de postes de fonctionnaires. Le contraire de ce qu'il faut faire pour sortir de la
crise...
Alors, faut-il ne pas taxer les hauts revenus de façon exceptionnelle ? Bien entendu, cette taxe est nécessaire et symbolique, mais temporaire et devra cesser dès le retour à l'équilibre des
finances publiques. Le Gouvernement a fixé le seuil de ces revenus à 500 000€ annuels. Il ne m'aurait pas choqué qu'elle fût baissée à 300 000 €mais attention, ces revenus ne concernent pas
uniquement les chefs d'entreprise qui sont souvent et facilement pointés du doigt, mais aussi les grands sportifs, les personnalités du « showbiz »...
Attention aussi à aller plus loin dans la réflexion. Ce qui est choquant, comme l'a dit Laurence Parisot, patronne du MEDEF, ce sont justement certains niveaux de rémunération incroyablement
élevés. Il faudra vraisemblablement que le MEDEF et l'Etat demandent une modération de ces salaires.
Ne confondons pas socialisme égalitariste et la modération des très hauts revenus qui relève d'un libéralisme rationalisé. Il faut d'ailleurs faire une différence entre les salaires provenant du
travail de l'invention, de l'effort, de la création et ceux qui proviennent de la bourse et de ses jeux. Quand c'est « l'argent qui travaille seul » sans intervention du bénéficiaire de ses
fruits, c'est bien qu'un autre employé a travaillé.
Il ne faut pas donner l'impression que l'Etat (responsable des déficits et de la crise) se venge sur ceux et celles qui n'y sont pour rien car, en réalité, les hommes politiques de tous bords,
depuis des dizaines d'années, se font élire en promettant tout sans avoir les moyens de rien, propageant l'Etat-Providence plus que de raison.
Si le « village global » brûle, tant en Europe qu'ailleurs, il est nécessaire que ceux qui le peuvent montrent l'exemple, sans réduire l'investissement, l'emploi, la recherche ni laisser se
développer le sentiment que l'Etat cherche des boucs émissaires et s'en contente.
C'est de l'équilibre structurel des budgets des Etats dont il faut parler.
Pr Bernard DEBRE
Ancien Ministre
Député de Paris