Il est vraisemblable, si ce n’est souhaitable, que le Premier
ministre et le Gouvernement soient profondément remaniés. L’état actuel de la Gauche est dramatique. C’est la déliquescence absolue.
Je ne vais pas reprendre les raisons de cette déliquescence car elles sont connues par tous : troubles économiques majeurs, chômage qui augmente, entreprises qui
se délocalisent et surtout les jeunes cerveaux qui quittent la France. C’est un drame absolu. La politique économique du Gouvernement a échoué et si celui-ci continue, ce sera dramatique. Le
chômage atteindra des sommets inconnus jusque-là. L’attitude du Gouvernement dans ce domaine est particulièrement nocive.
A côté de ces raisons économiques, il y a des raisons sociétales. François Hollande, qui voulait unir la France, est en train de la diviser profondément. Les
sondages, même s’ils ne sont qu’une image temporaire de l’état de l’opinion, sont épouvantables aussi bien pour le président de la République que pour le Premier ministre.
Il n’est pas possible de rester sans qu’il y ait un vrai choc dans l’opinion publique et au niveau du Gouvernement. Jean-Marc Ayrault est sur la fin. Il a montré
son incapacité à prôner l’union et à l’imposer dans son Gouvernement, son incapacité à diriger la politique de notre pays. Il est donc sur la fin. Il y aura vraisemblablement un changement au
mois de juin, une fois que les lois nocives auront été votées par le Parlement.
Se posera alors la question pour François Hollande de la nécessité d’une nouvelle orientation. Il a plusieurs choix, notamment celui de la radicalisation à gauche
et l’on voit déjà Jean-Luc Mélenchon se poser en candidat au poste de chef de Gouvernement. Il s’agit-là d’une blague tant il est excessif, intolérant et hors du temps, mais dans la nébuleuse
socialiste, il existe plusieurs tendances et l’une se fait jour, celle de la radicalisation ou de l’orientation plus à gauche du Gouvernement. Ce serait bien sûr dramatique pour notre pays,
mais cette hypothèse n’est pas à écarter.
L’autre solution est d’aller plus vers une social-démocratie, recentrer l’action gouvernementale. François Hollande est peut-être attiré par cette solution, mais
elle a pour lui quelques inconvénients majeurs. Le premier serait de briser encore un peu plus l’unité de cette Majorité branlante. Le deuxième serait de radicaliser celles et ceux qui lui
apportent encore son soutien.
Alors, s’il est nécessaire de changer de Gouvernement, l’orientation du nouveau risque de poser d’immenses problèmes à François Hollande qui n’est pas habitué à
prendre des décisions fortes. Ce président de la République, mou, sans consistance, sans orientation, ni cap, pose un problème majeur pour la France. Certains voient déjà pointer à l’horizon
une dissolution. Je n’y crois pas. Celle de 1997 a été tellement catastrophique pour notre ancienne Majorité qu’il ne fera pas la même erreur. Mais pourra-t-il tenir néanmoins encore longtemps
avec des sondages qui baissent de façon aussi spectaculaire ?
Ainsi, s’il est nécessaire de changer de Gouvernement et en particulier de Premier ministre, l’orientation gouvernementale reste un problème majeur pour François
Hollande, empêtré dans ses décisions absurdes et qui n’a toujours pas de cap.
Pr. Bernard DEBRE
Ancien Ministre
Député de Paris