Il était attendu par certains, décrié par beaucoup.
Tout d’abord, fallait-il réunir les acteurs de la vie sociale (syndicalistes, patronat) ? C’est effectivement la première des questions puisque les opposants ont
considéré qu’il s’agissait là d’une activité électorale. La réponse à cette première question est évidemment positive.
Nous sommes en train de vivre une crise qui progresse, enfle, prend de multiples aspects, touche toutes les catégories, mais aussi tous les pays. Il serait
stupide, mais surtout extrêmement dangereux, de ne pas réunir périodiquement ou de façon urgente, celles et ceux qui participent à la vie sociale d’un pays. Nous risquerions alors de nous faire
dépasser par des évènements au lieu de les précéder ou les suivre de près.
D’ailleurs, l’opposition, qui crie à la manœuvre électorale et qui demande que le gouvernement ainsi que l’Assemblée nationale cessent toute activité, n’est pas
dans son rôle démocratique car je vois mal pourquoi l’Assemblée nationale, le gouvernement, le président de la République, tous légitimes, s’arrêteraient de travailler sur simple ordre de
l’opposition. Ceux-là même qui nous enjoindraient de stopper tout travail, seraient les premiers à critiquer le gouvernement s’il ne faisait rien. Il fallait donc ce sommet social.
Mais a-t-il apporté des solutions ? Bien entendu, il n’a pas apporté de solutions à tous les problèmes qui se posent devant nous. Certes, il a d’abord permis un
consensus entre certains participants (CFDT, FO, CGC, MEDEF) et le gouvernement. Evidemment, la CGT, qui ne fait que s’opposer, n’a pas été satisfaite.
Les mesures proposées sont relativement fortes. D’abord, il est nécessaire d’assouplir les règles du chômage ou travail partiel pour éviter tout chômage total.
Jusqu’à présent, le Code du travail était tellement sévère qu’il était extrêmement difficile de recourir à ce type de solution.
La deuxième mesure est la suppression des charges pour l’embauche des jeunes de moins de 26 ans dans les entreprises de moins de 10 salariés. C’est également une
bonne solution. Elle permettra vraisemblablement aux petites entreprises d’embaucher plus facilement sachant que cette embauche leur coûtera beaucoup moins cher.
L’augmentation du nombre d’employés du Pôle emploi est malheureusement nécessaire car, le nombre de chômeurs augmentant, il fallait plus de personnes pour traiter
leur cas. Enfin, le rattrapage, ou du moins l’accompagnement des chômeurs, qui ont « décroché », par un environnement et surtout une formation me semble relativement positif.
Si ces décisions ont été prises de façon consensuelle, il n’en ira pas de même pour les autres qui, vraisemblablement, seront prises dans les semaines qui
viennent, en tous les cas, avant le 30 janvier.
Il faut réduire le coût du travail. Nous le savons trop élevé chez nous. Le travail finance la protection sociale, la retraite, la politique familiale alors que
nous sommes dans des circonstances extrêmement délicates. L’augmentation du chômage entraine mécaniquement une diminution des cotisations sociales, tout comme la forte croissance du nombre de
personnes âgées. Il est donc nécessaire de trouver une autre solution pour financer cette protection.
Ces solutions existent. Il s’agit de la TVA, de la CSG ou de l’impôt sur le revenu. Tout le problème est de passer en douceur de l’imposition du travail à
l’imposition sur la consommation et sans que cette dernière n’en pâtisse.
J’ajouterai que la diminution du coût du travail est également importante pour permettre une meilleure compétitivité. N’imaginons évidemment pas que nos produits
seront compétitifs par rapport à ceux qui viennent de Chine, du Vietnam ou d’ailleurs, pays où le coût du travail est très faible. Il faudra, comme le demande avec insistance un certain nombre
de mes collègues, réfléchir justement à faire en sorte qu’il y ait une protection européenne pour éviter l’invasion massive, comme on le voit aujourd’hui, des produits asiatiques à bas
coût.
Mais l’autre solution, pour redynamiser nos exportations et notre commerce, est de faire un bond sur la qualité des produits et nous avons là certainement fort à
faire, car certains industriels, quelle que soit leur production, ont choisi, il y a de nombreuses années, de privilégier le « low cost » par rapport à la très haute qualité. Les
Allemands ont choisi la qualité et je pense que cela leur a permis de vendre mieux et plus.
L’exemple d’une production européenne au meilleur niveau est celui d’Airbus. L’avionneur livre des appareils d’une très grande qualité et se permet de concurrencer
et « damer le pion » à d’autres fabricants, en particulier américains.
C’est donc par un effort d’innovation et de qualité, accompagné de la baisse du coût du travail, que nous devons répondre à cette crise. Il reste beaucoup à faire.
Cela dit, le gouvernement travaille jusqu’au bout. Il s’agit de la seule façon de faire pour gagner ces élections, non pas parce que les décisions seront démagogiques, mais parce qu’elles
seront nécessaires.
Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris