Humanitaire | Ajouté le 26.01.2011 à 11H50
Tu as vécu ces dernières années enchaîné, sans que personne dans le monde occidental n’y prête attention.
Nous soutenions un tyran qui se paraît des habits de la modernité. Il nous plaisait pensais-tu, car il se disait garant de la liberté, de la modernité. Il semblait être le rempart contre
l’intégrisme islamique qui nous fait peur.
Nous te croyions heureux car tu vivais, pensions-nous, dans un monde moderne où les femmes sont libres, les enfants éduqués. Tu avais une voiture, une maison, l’économie était saine et la
prospérité espérée. Nous allions dans ton pays pour y partager avec toi cette douceur de vivre sous le soleil. Ton accueil était agréable, ton pays notre paradis, plongeant ses racines dans une
histoire que nous partagions : Hannibal, Salambô, même Bourguiba.
Voici qu’en quelques jours tu t’es libéré de tes chaînes qui nous étaient invisibles. En réalité, nous les avions discernées, mais nous ne voulions pas les voir par aveuglement ou par
lâcheté.
Tu t’es libéré dans le sang, avec courage, avec fougue. Tu dois maintenant marcher sur le chemin étroit et exigeant de la liberté. As-tu besoin de mes conseils, moi qui comme les autres m’étais
trompé sur ton sort ?
Ton pays est riche de ses hommes et de ses femmes, ne le détruis pas par vengeance, accepte la démocratie qui t’est offerte et uses-en avec détermination, le monde te regarde.
Recommence à travailler, à accueillir, à vivre. Savoure cette liberté, elle est belle, et ne te précipite pas dans les bras d’autres tyrans. Qu’il s’agisse de l’armée, qui paraît, pour l’instant,
démocratique, ou de l’obscurantisme religieux qui fait tant de ravages ailleurs.
Saches que nous sommes à tes côtés cette fois-ci, les yeux ouverts. Nos pays sont voisins, ils ont partagé tant de moments communs, notre histoire est commune.
Tu dois punir les tyrans et leurs familles, mais qu’ils passent devant les tribunaux, et récupérer l’argent qu’ils t’ont volé. Nous t’aiderons.
Tu as réussi ta révolution, qu’elle soit un exemple pour d’autres, parce qu’elle ne versera pas dans l’outrance ni dans la vengeance aveugle.
Mais je m’égare, tu es libre aujourd’hui. Va fêter cette démocratie retrouvée, elle est belle et tu en avais besoin.
Pr Bernard Debré
Ancien Ministre
Député de Paris