Il est quand même incroyable d’entendre les opposants de gauche critiquer
le fait que Nicolas Sarkozy assume son rôle de président de la France et qu’il l’assumera jusqu’au bout de son mandat. Il est inconcevable, dans un pays démocratique, que de telles réflexions
puissent survenir.
Allons jusqu’à l’absurde : à partir de quand un président de la République est-il légitime ? Certes, dès son élection. Mais à partir de quand devrait-il arrêter de
diriger son pays ? Un mois avant les élections, deux mois, six mois, un an ? Simplement parce que l’opposition lui retirerait l’onction populaire ? Quelle vision de la République !
Prenons quelques exemples pour faire plaisir à nos amis de gauche. En 1988, François Mitterrand a annoncé sa candidature à sa propre réélection très tardivement,
mais je n’ai jamais entendu ni la droite, ni la gauche, bien entendu, critiquer le fait qu’il dirige la France jusqu’au terme de son mandat.
Allons même jusqu’au bout du raisonnement. La France et l’Europe traversent une crise extrêmement difficile. Il faut que les dirigeants des différents pays
puissent se rencontrer, se réunir, prendre des décisions mais il est également indispensable de gérer notre pays.
Le président de la République doit encore plus assumer ses prérogatives dans ces moments si difficiles. L’attitude de la gauche est non seulement anti
républicaine, mais, pire encore, suicidaire car si Nicolas Sarkozy, président de la République, ne réunissait pas ou n’allait pas dans les réunions des chefs d’Etat, la France ne serait pas
défendue ! Que n’entendrait-on pas ?
Ces discussions sont misérables. Elles traduisent deux phénomènes dangereux.
En premier lieu, la gauche nie les vraies valeurs républicaines. La République, c’est l’élection du président de la République, des députés et des sénateurs ainsi
que les élections territoriales. Et cette République exemplaire impose à tout élu d’aller jusqu’à la fin de son mandat. Personne, je dis bien personne, ne peut contester à un élu le fait qu’il
aille jusqu’au terme du mandat que lui ont confié les Français.
La deuxième erreur des socialistes est de montrer aux Français qu’ils sont tellement sûrs de gagner (ce qui est extrêmement loin de la vérité) qu’ils veulent
d’ores et déjà imposer au président de la République qu’il arrête son travail et peut-être même aux députés de la majorité aussi. D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, Ségolène Royal, qui
n’est pas encore élue dans sa nouvelle circonscription, annonçait qu’elle serait présidente de l’Assemblée nationale ! D’autres encore se distribuaient les postes. Dans quelle démocratie vit-on
?
Les socialistes devraient, avant de critiquer la République et les élus, peut-être réfléchir à ce qu’ils pourraient proposer comme programme car aujourd’hui, c’est
le vide sidéral !
Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris