Hier, lors de la Convention de l'UMP sur la Défense nationale, a été émise l'idée d'un serment
d'allégeance aux armes. Je ne suis pas d’accord avec ce simple serment à l'armée, je pense qu’il faut l’étendre et prêter serment à la France, à ses valeurs. Un tel serment, civique, est donc
plus large, plus global.
Être Français demande que l’on respecte les valeurs de notre pays, que l’on accepte son histoire, toute son histoire, à laquelle l'armée a tant contribué. Il ne serait pas acceptable de ne
prendre qu’une partie de notre passé, de cet héritage et d’en refuser une autre.
Être Français c’est accepter notre mode de vie et respecter ses différences, accepter de s’intégrer. Le mot est lâché « s’intégrer ».
Être Français ce n’est pas venir « en » France pour y vivre comme dans son pays d’origine, c'est s'assimiler, faire sienne sa culture, apprendre bien entendu sa langue, ses lois, admettre ses
devoirs vis-à-vis de la patrie, sa nouvelle patrie.
S’intégrer ce n’est pas être à moitié français et à moitié étranger. Bien entendu, cela pose le problème de la bi-nationalité qui doit rester une exception. Il n’est pas question de la refuser en
bloc. Que ferait-on des européens binationaux ? Mais pour les non ressortissants d'un pays communautaire, venant d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne, tout en favorisant la
mono-nationalité, il faut faire prêter allégeance par tous à notre pays, jurer d’accepter nos valeurs.
C’est effectivement le point le plus difficile. Autant pour ceux qui n’ont qu’une seule nationalité, française, cette prestation de serment est aisée, autant pour les bi-nationaux, elle devient
aléatoire mais doit être exigée.
On pourrait refuser la bi-nationalité, certains pays le font. Pour les bi-nationaux de deux pays communautaires, ce serait utopique et irréalisable mais irait dans le sens de l'affirmation de la
citoyenneté européenne qui n'est encore, en application des traités qu'indirecte, déterminée par la nationalité d'un des états membres. Pour les binationaux ressortissants d'un pays
extra-communautaire, ce serait difficile, voire discriminatoire : sauf à ne pas plus accepter de franco-canadiens que de franco-algériens, par exemple.
Arno Klarsfeld, toujours rapide mais imprécis, rapproche ce serment de celui des fonctionnaires au Chef de l'Etat français entre 1940 et 1944. Ces deux situations n'ont strictement rien à voir,
puisqu'il s'agit d'un serment à la France, à Marianne, mais non à son chef institutionnel. Je militerai pour un tel serment national, qui participe de la proclamation des valeurs qui ont forgé
notre identité. Cela revient à parler de l’identité française qui, finalement, n'aura pas été un débat inutile.
Pr Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris