« Affaire Guérini » : la direction du PS choisit l’opacité
Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire et candidat à la primaire socialiste, n’a pas apprécié du tout que Martine Aubry, première secrétaire, déclare à l’AFP le vendredi 4 mars, qu’« il n’y avait pas de faits » dans le rapport qu’il avait adressé, en décembre 2010, à la direction du parti, dénonçant la gestion de Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône et de la puissante fédération socialiste.
Il le fait savoir aujourd’hui dans une longue lettre (ici) adressée à Martine Aubry que Le Monde s’est procurée. Il y affirme que tous les faits cités dans son rapport sont avérés et qu’il tient à la disposition de la direction nationale, comme à celle de la future commission d’enquête interne qui devrait être créée, à la demande de Jean-Noël Guérini, après les élections cantonales, les témoignages des militants et responsables locaux qu’il a collectés entre juin et décembre 2010.
Le moins que l’on puisse dire à la lecture de cette lettre, c’est que cette commission d’enquête s’avère nécessaire. Les « éléments probants » réunis par Arnaud Montebourg, s’ils étaient confirmés, sont effarants : violation caractérisée des statuts du parti par Jean-Noël Guérini, qui cumule deux mandats ordinairement non-cumulables, la présidence du conseil général et celle de la fédération, colonisation par des employés du conseil général des postes sensibles de la fédération, boycott des élections régionales de 2010 par la fédération, distribution de subventions comme outil de pression, brimades arbitraires sur les élus et citoyens indociles, menaces physiques sur des hauts fonctionnaires du conseil Général, intimidation permanente sur certains élus socialistes pour qu’ils se conforment aux intérêts politiques ou financiers de la famille Guérini…
Cette litanie jette une ombre sur le parti tout entier. Au moment où Marine Le Pen est au plus haut dans les sondages, dénonçant partout ce qu’elle appelle le « système UMPS », beaucoup de responsables socialistes sont inquiets des retombées de cette « affaire », à moins de quinze jours des cantonales, et à l’orée de la campagne présidentielle.
La puissante fédération socialiste des Bouches-du-Rhône est un élément clé dans la vie du PS. Lors du congrès de Reims, elle avait voté à 73 % pour Ségolène Royal. Les proches de Martine Aubry répètent ce score à l’envi pour dénoncer par avance toute accusation de proximité avec Jean-Noël Guérini. Mais certains responsables socialistes font remarquer que les résultats de ce scrutin interne furent publiés très tôt afin de permettre d’éventuelles « corrections » des votes dans d’autres fédérations pour favoriser l’accession de Martine Aubry à la direction du PS. Selon eux, Jean-Noël Guérini, sentant que le PS allait échapper à Ségolène Royal, voulait ainsi permettre à sa fédération de se concilier les bonnes grâces de la direction à venir.
« Ces théories tordues relèvent du délire, nous a déclaré François Lamy, député de l’Essonne et conseiller politique de Martine Aubry. C’est un mauvais film burlesque. » La commission d’enquête interne permettra d’y voir plus clair. D’ordinaire, ces commissions travaillent pendant trois ou quatre mois, comme ce fut le cas pour celle dévolue à la région Languedoc-Roussillon en 2009. Dans le contexte politique et électoral actuel, il serait bon que celle des Bouches-du-Rhône dispose des moyens suffisants pour contracter au maximum son temps de réflexion. Des accusations aussi graves nécessitent que la vérité soit faite au plus tôt.