François Hollande est allé en Afrique. Il a annoncé, comme
d’habitude, la fin de la Françafrique ; incantation, bien entendu, qui sera non suivi d’effets.
François Mitterrand, à l’époque, détestait de Gaulle, mais connaissait l’Afrique. Il utilisait des mots durs, souvent sans signification. La Françafrique, c’est
plus lui qu’un autre qui l’a dévoyée.
Lorsque de Gaulle était au pouvoir, puis Pompidou, ils ont aidé l’Afrique à devenir indépendante. Il n’est pas facile pour un pays de passer de colonie à
l’indépendance. Les appétits ethniques, les difficultés financières, constitutionnelles même, étaient importants et la France a aidé ces pays, sinon les a conduits, du moins ceux qui le
voulaient, à une indépendance pleine et entière.
Il était normal également que les présidents de ces républiques nouvelles qui, pour beaucoup, avaient été soit ministres des gouvernements français de la IVème et
de la Vème Républiques (pour Houphouët-Boigny) et pour d’autres, membres de l’Assemblée nationale, gardent des liens si forts avec notre pays.
Par contre, lorsque François Mitterrand est arrivé au pouvoir en 1981, ce fut la « France à fric ». Il a nommé son fils « papa m’a dit ». Il a cautionné des
scandales épouvantables comme celui du Carrefour du développement, mais il a aussi installé ses réseaux pour alimenter les caisses de l’Etat et du parti. C’était une histoire noire,
épouvantable, médiocre. N’oublions jamais que François Mitterrand a régné 14 ans pendant lesquels il a cautionné certaines actions inacceptables.
Les 12 ans de Jacques Chirac ont été plus calmes. Il n’y avait plus de « France à fric », il n’y avait plus et il n’y aura plus de scandale même si les socialistes
essaient, et c’est habituel, de le faire croire pour masquer leur propre turpitude.
J’ai été ministre de la Coopération de François Mitterrand sous la cohabitation, en réalité ministre de Balladur, mais sous l’autorité de François Mitterrand. Je
lui en ai parlé souvent pour dénoncer les officines. Il ne voulait pas écouter, il ne voulait pas m’écouter.
François Hollande arrive donc en Afrique, à Dakar, pour faire l’exact contraire de Nicolas Sarkozy. Décidément, c’est une obsession ! François Hollande ne vit pas
par lui-même, il vit par rapport à Nicolas Sarkozy, son contre-modèle, son épouvantail, son cauchemar. Cela ne lui réussit pas bien.
Son discours était plat, démagogue, comme d’habitude avec les discours de François Hollande (ceux de Jean-Marc Ayrault sont même pires !). Rien ! Des mots, des
mots creux et incantatoires ! Il a simplement évoqué le Mali. La France sera aux côtés des pays africains, dit-il.
Cela rappelle furieusement la Françafrique, mais cette fois, il a raison. Il faudra vraisemblablement plus qu’aider les Africains car l’installation des
islamistes, qu’ils s’appellent Aqmi ou autres Ansar Dine, est une menace très grave pour notre pays. Je ne suis même pas sûr que François Hollande arrive à provoquer cette mobilisation
armée.
Puis, le voici à Kinshasa. Il va là de nouveau mettre ses pas dans ceux de tous les présidents de la République pour défendre les intérêts de la France. Il s’agit
une nouvelle fois des accords bilatéraux entre la France et l’Afrique, appelez-les comme vous le voulez.
Il serre la main de tous ceux qu’il a critiqués, vilipendés, injuriés. Ils sont là, ils sont présidents, il les a déjà reçus, pour beaucoup d’entre-eux, à
l’Elysée.
Bref ! Des mots, des mots ! Simplement, François Hollande ne voit pas que l’Afrique, pour l’instant, est submergée par l’arrivée des intérêts chinois qui ne
cadrent pas forcément avec les intérêts africains. Il n’en dit rien car il ne connaît pas l’Afrique.
Pr. Bernard DEBRE
Ancien Ministre de la Coopération
Député de Paris