Il est des phénomènes sociaux peu compréhensibles, paradoxaux. Le mariage fait de moins en moins recette
(plus de 410 000 mariages célébrés en 1972, contre environ 250 000 ces dernières années, avec une baisse de 3% en moyenne) les divorces sont de plus en plus fréquents (surtout à Paris, où un
couple sur deux se sépare). A l'inverse de cette tendance, certains homosexuels demandent avec insistance l'élargissement du mariage à leurs partenaires et eux-mêmes.
Je n’y suis pas favorable.
En réalité beaucoup d’homosexuels ne le demandent pas mais se satisfont du Pacte civil de Solidarité, le PACS, qui a été créé pour qu’ils puissent bénéficier de la plénitude de leurs droits
patrimoniaux nouveaux. Qu'il faille peut-être l’aménager, j'en conviens.
Par ailleurs, si la revendication est celle de la liberté, le concubinage existe également et il permet aussi d’acquérir des droits avec une grande souplesse.
Pourquoi le mariage républicain, tel qu'organisé par le Code civil ? Peut-être pour ensuite demander le droit à l’ « homoparentalité », c'est-à-dire la possibilité pour deux adultes de même sexe
d'adopter des enfants ou de bénéficier de fécondations in vitro. Là encore, soucieux du bien-être de ces enfants, et alors que des études contradictoires portent sur les conséquences de cette «
homoparentalité », je n’y suis pas favorable. Même si je comprends les désirs de certains, il y a une distance entre le désir et la loi. Cette distance est appelée à perdurer après le rejet
aujourd'hui par la Représentation nationale de la proposition de loi de Patrick BLOCHE et du parti socialiste.
Une nation moderne se doit de respecter l’égalité de tous quelles que soient les orientations sexuelle, politique ou religieuse. Pour autant le mariage homosexuel est une revendication
minoritaire chez les homosexuels eux mêmes. Faut-il toujours aller dans le sens du vent en en l’appelant la modernité ?
Pr Bernard DEBRE
Ancien Ministre
Député de Paris
Membre du Comité consultatif national d'éthique