Il est assez surprenant de voir les Etats-Unis reprendre espoir. La
croissance revient, l’optimisme aussi. L’Allemagne n’est pas dans un si mauvais état avec un chômage qui diminue, un commerce extérieur qui progresse et l’euro qui s’est stabilisé. D'autres
pays du monde, comme la Chine, n’ont jamais ressenti vraiment la dépression et la crise même si le PIB de cette dernière n’a progressé que de 8 % au lieu des 12 % habituels.
Même en France, où le chômage continue à progresser, le déficit n’est que de 5,3 % du PIB alors qu’il était initialement prévu à 5,7. Les mesures prises par le
gouvernement, aussi difficiles soient elles, ont, semble-t-il, apporté un certain soulagement, une certaine détente. Vraisemblablement, les réunions de l’Europe permettront de continuer à
résister et peut-être même à s’affirmer.
On se souvient qu'il y a quelques mois, quelques semaines encore, le drame rodait en Europe. On parlait de l’explosion de l’euro, des déficits, d'une faillite de
la Grèce et son expulsion de la zone euro.
Je ne dis pas que la crise est terminée. Il semble plutôt qu’elle soit stabilisée. Nous ne sommes évidemment pas à l’abri d’un rebond, d’une nouvelle crise, d’une
rechute, mais il semblerait que les décisions des gouvernements européens soient plutôt apaisantes.
Les Français ont beaucoup critiqué (et continuent à le faire) la politique du gouvernement, regardant, à juste titre, devant leur porte et oubliant ce qui se passe
ailleurs. L’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Grèce, l’Angleterre ont été beaucoup plus touchés que nous.
Tout ceci ne signifie pas que je nie la souffrance de ceux qui sont au chômage, bien au contraire ! Il y a beaucoup trop de chômeurs. Bien entendu, les cas
particuliers sont dramatiques, mais la tendance est peut-être à l'amélioration.
Ce qui semble aujourd’hui un espoir demande bien sûr à être concrétisé, à s’affirmer. Il n’empêche, cette crise a révélé en France des faiblesses immenses : manque
de compétitivité des entreprises, de dialogue social dans les entreprises, d'enseignement par alternance, coût prohibitif de la Sécurité sociale et de l’assurance maladie supporté par les
salaires, manque de compétitivité extérieure. Je pourrai ainsi énumérer toutes ces faiblesses.
Grâce à cette crise, au moins, elles ont été mises en lumière non pas pour celles et ceux qui sont au gouvernement depuis longtemps, mais pour les Français
eux-mêmes qui, jusqu’à présent, étaient bercés d’une douce illusion. La Sécurité Sociale, les allocations familiales, l’emploi à vie, les aides multiples : tout devait être pérenne et notre
modèle ne devait évidemment pas changer. Il suffit de se souvenir des manifestations gigantesques qui ont eu lieu lorsqu’il a fallu passer l'âge de la retraite de 60 à 62. Si ces changements
ont été contestés, ils le sont de moins en moins aujourd’hui.
Mais voici que l'élection présidentielle vient perturber cet espoir. Et je le dis très clairement : si le projet socialiste était adopté, nous serions dans une
situation très paradoxale. La crise commencerait à s'estomper dans tous les autres pays d'Europe ou du monde tandis qu'en France, nous prendrions les plus mauvaises décisions en annulant les
réformes précédemment adoptées.
Imagine-t-on le retour à la retraite à 60 ans, des emplois jeunes à n’en plus finir et surtout l’augmentation vraisemblable des fonctionnaires d’État et des
collectivités territoriales ? Nous serions là le « mouton noir » de l’Europe et du monde. Mais les Français sont ainsi, paradoxaux, regardant bien souvent leur propre nombril et
s’imaginant toujours être les meilleurs du monde alors que celui-ci ne les a pas attendus.
Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris