Voici donc qu’en France des esprits éclairés, par stupidité ou par calcul,
ne veulent plus que les étudiants apprennent l’histoire de France. J’ajouterai que certains, en particulier à Sciences Po, ne veulent plus non plus de culture générale.
Pour revenir à l’enseignement de l’histoire, son abandon est non seulement stupide, mais extrêmement dangereux. Stupide car l’on sait bien qu’une nation se
construit avec des racines profondes, c’est-à-dire son histoire. La France, comme les autres pays, a connu des moments de bonheur et d’autres de drames, des gloires foudroyantes ou des périodes
honteuses. Il y a eu la Royauté, l’Empire et la République, et la France n’a commencé ni au moment de l’Empire ni au moment de la Révolution (ou devrais-je dire des révolutions).
S’il est nécessaire de connaître sa propre histoire, c’est pour mieux affronter le présent et même se projeter dans l’avenir. Si ceux qui viennent chez nous ont
besoin d’apprendre l’histoire du pays qu’ils choisissent, c’est pour mieux s’y intégrer, le comprendre et donc pour mieux être français.
Alors, on comprend parfaitement bien que certains esprits maléfiques veulent supprimer l’histoire, d’abord parce qu’ils n’aiment pas leur pays et surtout parce
qu’ils considèrent qu’un pays comme le nôtre (d’autres pays sont semblables) ne doit être qu’une terre de passage. Celles et ceux qui viennent n’ont pas à s’intégrer, mais plutôt à créer un
nouveau pays.
Cette argumentation est non seulement stupide, mais elle est dangereuse car il se forme alors des ghettos, une « ethnicisation », sources de guerres, de conflits.
C’est ce que nous voyons aujourd’hui se répandre en France.
Mais ces hommes peu éclairés et dangereux, qui refusent l’histoire, le font aussi pour ne pas déplaire à ceux qui pourraient venir chez nous. Comment affirmer que
Rolland a stoppé les Arabes à Roncevaux ? Comment sacraliser Jeanne d’Arc alors que nous voulons être laïcs ? Comment parler des guerres napoléoniennes au moment où nous faisons l’Europe ?
Comment parler de la IVème République et des guerres coloniales ? Comment aussi parler de De Gaulle et de la résistance à l’envahisseur allemand ?
Ces honteux de l’histoire sont en réalité des honteux de la France et cette volonté de couper nos racines est dangereuse. Comme dans tout arbre à qui on coupe ses
racines, les feuilles tombent, les fleurs fanent et les branches se cassent.
Pr. Bernard DEBRÉ