Depuis quelques années des médecins nord-coréens sont venus en France pour se former à Lyon, à Paris ou
ailleurs. Ils sont donc très demandeurs de l’enseignement continu et de la présence de professeurs français chez eux, présence qui pour l’instant n’a jamais eu lieu.
D’autre part, j’ai soigné des Nord-Coréens dans mon service à Paris, à l'hôpital Cochin. Certes il s'agissait de personnalités importantes. C'est la raison pour laquelle me suis dit qu’il était
indispensable que j’aille en Corée du Nord pour opérer des hommes et des femmes qui n’avaient pas les « moyens financiers » d'accéder à une médecine de très haut niveau et qui, bien sûr,
n'avaient pas non plus le droit de venir en France.
Les Coréens du nord m’ont demandé de venir voir, sur le plan médical, quelques personnalités. C'est alors que je leur ai réclamé de pouvoir également opérer des personnes « pauvres », et non les
seuls « apparatchiks ».
J’y suis donc allé, à la fin du mois d'octobre. J’ai apporté un certain nombre de matériels très sophistiqués à l'hôpital de Pyongyang, matériels que je leur ai offerts. J’ai également visité des
hôpitaux.
Cette mission médicale en Corée du Nord rentre dans le cadre des nombreuses missions que j’ai réalisées dans un certain nombre de pays difficiles. Je suis allé opérer en Afghanistan, au Cachemire
pakistanais, à Mussaferabad où j’avais un hôpital qui malheureusement a été détruit par un tremblement de terre. Je vais ainsi dans un certain nombre de pays pour apporter un petit espoir de paix
en opérant et en offrant du matériel.
Curieusement, dans cet hôpital nord-coréen, certains services sont assez modernes, en particulier celui de la radiologie. D’autres, au contraire sont très pauvres, tel celui d'urologie qui manque
de beaucoup de matériel moderne. C’est pour cette raison que j’en ai apporté et que je continuerai à en envoyer. Heureusement, les médecins sont assez ouverts et il n’y a pas trop de morosité de
leur part. Ils sont très avides de contact avec l’Occident. Si vous aviez vu la joie qu’ils ou elles montraient, c’était pour moi un bonheur de leur faire plaisir ainsi d’ailleurs qu’aux malades
modestes que j’ai opérés. Je le referai si les Nord-Coréens me le demandent. Cette mission n’avait évidemment pas de but autre que médical. Cela dit, évidemment, j’ai rencontré des «
personnalités ».
J’ai été reçu par les autorités du pays, du moins certaines (Ministres de la santé, des affaires étrangères, le Président du Présidium suprême, qui est le Président officiel du pays, sinon le
dirigeant, et d’autres encore dont je ne peux pas donner les noms). Il était évident que j’allais être invité, d’autant que j’avais soigné à Paris des personnalités nord-coréennes importantes. Ce
pays entre dans une phase semble-t-il de semi-transition, il est très avide de s'ouvrir mais il y a encore loin de l’espoir à la réalité. La Corée du Nord est un pays extrêmement pauvre où
il y a peu d’électricité, peu ou pas de chauffage, évidemment peu ou pas d’étrangers mais j’ai eu la surprise de voir que le nombre de voitures à Pyong Yang avait augmenté de façon assez
significative, qu’elles étaient d’ailleurs presque toutes allemandes et j’ai vu également la présence d’agronomes ou de techniciens allemands dans la périphérie de Pyong Yang. J’ai pu visiter une
ferme ultra moderne, écologique qui était assez spectaculaire, cultivant les choux, les salades, les tomates, les fraises et également les poissons. On a l’impression que la Corée va bouger
d’autant plus qu’elle va y être obligée, son grand voisin la Chine étant de plus en plus distant vis à vis d’elle.
Le président Nicolas Sarkozy avait mandaté Jack Lang pour, semble-t-il, ouvrir une mission politique. Je ne suis pas sur que cette mission ait été couronnée de succès, d’après ce que l’on a pu me
dire. Jack Lang avait une lettre du Président Nicolas Sarkozy qu’il devait remettre à M. Kim Jung Il qu’il n’a pas pu voir, il a donc gardé la lettre ce qui a vexé les autorités. Cela dit, une
fois encore il faudra évaluer l’intérêt qu’il y a à ouvrir cette mission politique. Personnellement je pense qu’il serait nécessaire de l’ouvrir en accord avec les autres pays européens (qui
sont, eux, tous représentés en Corée du Nord). Je ne suis pas sûr qu’exclure par un embargo tant de millions de Nord-Coréens qui sont dans la misère soit une très bonne chose. Je pense que le
dialogue sincère et quelquefois ferme vaut mieux qu’un embargo.
En tout état de cause, il est difficile pour un médecin de voir une population si démunie et j’ai été assez fier et content de pouvoir apporter un peu de soulagement à ceux qui en avaient
besoin. Je ne pense pas qu’il faille voir dans cette mission nord coréenne que j’ai menée avec le Professeur Michaël Peyromaure, mon collaborateur, un aspect de politique étrangère mais plutôt un
aspect médical. Cela dit, si ma présence peut être d’un quelconque apport pour la paix, j'en serai très heureux.
C’est en partie par un effort de coopération sanitaire que les pays s’ouvriront par les médecins, par les administratifs des hôpitaux, par les infirmiers qui nous côtoient. Je leur apporte, et
mes équipes également, un espoir. Ils l’apprécient d’autant que, comme je vous l’ai dit, certains d’entre eux ont été formés en France.
Pr. Bernard DEBRE
Ancien Ministre
Député de Paris