La science ! Elle a toujours été le moteur de l’homme. Dès qu’il a compris qu’il était devenu un homme,
c’est à dire qui a compris la mort, il a inventé Dieu, les dieux, le paradis ou l’au-delà. Pour certains, c’est Dieu qui s’est enfin révélé à lui ou les dieux qui se sont manifestés.
Malgré la promesse de l’éternité, l’homme a, dans son ambiguïté, voulu vivre mieux, plus longtemps. Il a donc cherché à comprendre et la science est née.
D’abord dans le cadre de la religion ou des religions. Il ne pouvait pas imaginer aller contre les dogmes qu’il avait lui même inventés pour accéder à l’éternité. Dieu autorisait, défendait :
condition obligatoire à sa rédemption ou à sa sauvegarde.
A force de chercher et de trouver, il a commencé à transgresser les règles religieuses. Beaucoup de prêtres (de quelque religion que ce soit) ont perdu une partie de leur influence. Ce conflit
fût rude entre science et religions, il l’est parfois encore. Les bûchers se sont allumés, les sabres se sont affutés, mais la religion a finalement du se plier devant la science, après une
résistance acharnée. Darwin et la théorie de l’évolution ont été condamnés puis tolérés enfin reconnus très tardivement, après ce fameux « procès du singe » en 1925 aux Etats-Unis, même si
aujourd’hui encore les Créationnistes pour la plupart américains ne l’acceptent toujours pas.
La puissance de la science après avoir vaincu ou convaincu les religions s'est alors confrontée aux lois des Etats. Après la morale, le droit. L’éthique a été (heureusement) mise en avant sans
d’ailleurs que puisse lui être donné de véritable définition stable. Puis la loi est intervenue, fondée sur les Droits de l’Homme, l’humanité et le respect… Beaucoup de mots indispensables sont
venus tempérer l’enthousiasme des chercheurs, sans nullement contester la réalité des découvertes mais leurs potentielles applications.
Dans les pays démocratiques et laïcs, intelligemment, les lois de bioéthique ne sont que des freins temporaires. En France, elles sont ainsi périodiquement révisées pour tenir compte de
l’acceptation des applications des découvertes scientifiques, acceptations qui mêlent à la fois la recherche du bien-être, les souhaits du plus grand nombre, les convictions religieuses ou les
valeurs laïques, pour répondre à ces grandes interrogations : « Vers où veut aller l’homme? », « Jusqu’où restera-t-il un homme sans écraser les autres hommes ? »
L’Assemblée nationale va connaître de cette révision. Ces nouvelles lois sont déjà dépassées par la science, par les espérances, mais elles permettent, démocratiquement, d’appliquer au plus grand
nombre de récentes découvertes …
Un pas vers l’éternité, sans dieu pour les uns, vers Dieu pour les autres.
Pr. Bernard Debré
Ancien Ministre
Député de Paris
Membre du Comité consultatif national d'éthique