Hollande contre Juppé ! Ce débat promettait d’être intéressant et
explosif ! Il l’a été.
Alain Juppé a mis en difficulté François Hollande sur ses propositions et, finalement, ce n’était pas si difficile. Je ne le dis pas pour minimiser les mérites
d’Alain Juppé, tant s’en faut.
Mais reprenons la proposition des 60 000 emplois dans l’Éducation nationale. Si vous avez compris la façon dont François Hollande allait s’y prendre, vous
avez beaucoup de chance !
Il semble qu'il ne va finalement pas embaucher de fonctionnaires supplémentaires, mais les redéployer vers trois secteurs prioritaires (et encore, après avoir
annoncé trois secteurs, il en a énoncé cinq). En procédant à un calcul simple, on se rend compte que le nombre de fonctionnaires dans les autres branches baissera donc beaucoup plus qu'en ce
moment.
Depuis un certain nombre d’années, la majorité a décidé de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux. Là, en suivant le raisonnement de François Hollande, nous
aurions deux fonctionnaires sur trois qui ne seraient pas remplacés et, en particulier, dans la fonction publique hospitalière ! Bravo pour les mathématiques selon François
Hollande !
Concernant l'impôt sur les sociétés en fonction de leur taille, cette décision sera lourde de conséquences. D’abord, elle part d’un raisonnement stupide. Prenons
l'exemple d'Airbus, grande société s'il en est. Pour quelles raisons faudrait-il surtaxer Airbus alors que cette entreprise emploie un grand nombre de personnes, élément très important en ces
temps de crise ? Cette société prévoit d'embaucher entre 6000 et 7000 personnes. Ne serait-il pas dommageable de surtaxer de grandes entreprises qui emploient ?
De plus, un nouvel effet de seuil va être créé. Une entreprise de petite taille va peut-être hésiter à embaucher un employé supplémentaire si cela la fait passer
dans la zone moyenne et lui double ses impôts. Il aurait été préférable de taxer les entreprises en fonction des bénéfices non investis. Il s’agit donc là d’une mesure extrêmement
dangereuse.
Un autre sujet me semble « fumeux » : l’Europe ! Voici Monsieur François Hollande prêt à aller convaincre Angela Merkel sur tout ce qu’elle a refusé
jusqu’à présent. N’oublions pas d’ailleurs que 24 pays sont du côté de la chancelière allemande. Je vois mal comment François Hollande peut défaire ce qui a été fait avec difficulté, mais
précision par Nicolas Sarkozy, d’autant plus que de nouvelles parties du traité vont être signées prochainement dont un volet sur la gouvernance économique dans les prochains jours puis un
troisième volet sur la relance.
Ce genre de débat est extrêmement intéressant car, jusqu’à présent, la presse était tellement laudatrice vis-à-vis de François Hollande, en particulier après son
discours du Bourget, que cela en devenait suspect ! Je donne un point particulier à David Pujadas qui a été d’une parfaite honnêteté et un intervieweur sans concession. Vivement les autres
débats et en particulier celui entre François Fillon et Martine Aubry !
La campagne a enfin commencé. Ce ne sont plus des petites phrases, des insinuations des uns et des autres, mais des débats sur des propositions. C’est ce
qu’attendaient les Français.
Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris