Beaucoup de socialistes et de Français se posent la question
de savoir pourquoi Harlem Désir est le Premier secrétaire du Parti socialiste car, pour l’instant, il ne brille pas par sa valeur politique ni par ses initiatives formidables. Il est plutôt
muet, absent, et quand il parle, il fait sourire.
Ces dernières saillies : il veut maintenant un référendum sur la moralisation de la vie politique. Je vois tout de suite cette question : êtes-vous favorable, oui
ou non, à la moralisation de la vie politique ? Référendum particulièrement intéressant car je vois mal les gens répondre « non ». Il s’agit donc d’une manœuvre politique stupide, qui n’a aucun
intérêt.
A moins que l’on puisse imaginer qu’il n’y ait, dans ce référendum, d’autres questions, comme par exemple : « seriez-vous contre le cumul des mandats ? » Mais là,
il y aurait une ambiguïté puisque ceux qui seraient favorables au cumul des mandats seraient-ils des immoraux ? Ainsi donc, je serais un immoral en politique car je suis favorable au cumul des
mandats.
Faudrait-il aussi demander, lors de ce référendum, si les députés et les sénateurs doivent donner de la publicité à leur patrimoine ? Il faudrait donc que les
journaux s’en chargent et mettent sur la place publique les patrimoines des uns et des autres, ce qui serait à mon avis non seulement absurde, mais aussi de très mauvais aloi. Il est évident
que nous n’avons rien à cacher et il est évident également que le Conseil d’Etat doit surveiller, comme il le fait aujourd’hui, avec une attention particulière, le patrimoine des uns et des
autres.
Attention aux propositions stupides, populistes ! Harlem Désir a fait cette proposition. Je pense qu’elle est de sa propre initiative et qu’elle n’est pas
concertée avec les autres membres du Parti socialiste car ce serait la traduction d’une manipulation stupide.
Manipulation ? Tout à fait, car devant les cascades d’affaires qui pleuvent sur le PS, il fallait trouver une diversion : Marseille avec Monsieur Guérini ou une
député marseillaise qui risque d’être condamnée ; à Paris, une conseillère d’arrondissement verte est mise en examen pour trafic de drogue et blanchiment d’argent (décidément, ils aiment
beaucoup blanchir l’argent) ; une autre Conseillère de Paris, socialiste, est mise en examen pour utilisation de l’argent public ; dans le Nord, Jean-Pierre Kucheida et d’autres passent en
jugement. Cela fait effectivement beaucoup et il faut maintenant que le PS essaye de faire oublier ses turpitudes, lui qui veut être le tenant de la moralité.
Je n’oublie pas l’affaire Cahuzac, avec ses prolongements savoureux, ou le problème des Îles Caïman, très beau paradis fiscal utilisé par le trésorier de la
campagne de François Hollande. Pauvres socialistes !
C’est vrai qu’il faut moraliser la vie politique car ces turpitudes des uns et des autres retombent sur tous les politiques, ce qui est une très grande injustice,
car elle ne concerne qu’une infime partie d’eux, de droite comme de gauche d’ailleurs.
Néanmoins, moraliser la vie politique, ce n’est pas étaler son patrimoine dans la presse pour une raison très simple : si l’on avait demandé à Monsieur Cahuzac
d’étaler son patrimoine, il n’aurait évidemment pas dit qu’il avait des comptes en Suisse ou à Singapour. D’ailleurs, quand il a rempli le dossier qu’il devait rendre lorsqu’il est devenu
ministre, devant la question « comptes à l’étranger », il a répondu « non ».
Méfions-nous donc de décisions ou de règles qui ne changeraient rien à ce qui existe. Il faut réfléchir ensemble à la façon dont nous pourrions rendre la vie
politique plus transparente et plus sévère. C’est pourquoi, j’adhère à la proposition que tout condamné à de fortes peines, en particulier à la prison, mais aussi pour fraude fiscale,
blanchiment d’argent, corruption, ne puisse pas se présenter à une élection.
Il y a d’ailleurs un paradoxe car une fois qu’un délinquant a purgé sa peine, il n’est plus considéré comme délinquant et il revient dans la société comme tout un
chacun. Comment pourrait-on juger que quelqu’un qui a purgé sa peine ne puisse pas être un citoyen comme un autre ? Peut-être est-ce tout de même une solution ? En tous les cas, si elle est
proposée, je la voterai.
Tout ça pour dire que les propositions de Monsieur Harlem Désir sont d’une grande stupidité. Il serait temps que le PS fasse sa mue. Nous avons un Premier ministre
qui n’a aucune envergure, qui se fait injurier par ses ministres, un président de la République « plan-plan » qui ne sait prendre aucune décision et un Premier secrétaire du PS dont j’hésite à
qualifier les propositions.
Pr. Bernard DEBRE
Ancien Ministre
Député de Paris