Cher Jean Louis,
Tu as été un bon ministre, de Chirac d’abord, de Nicolas Sarkozy ensuite, comment expliquer aujourd’hui ton chemin?
Il y a plusieurs raisons pour que tu dises y « aller » (à la présidentielle bien évidemment).
La première raison est simple, tu avais, comme certains, l’idée que Nicolas Sarkozy ne se présenterait pas. DSK était au sommet de sa gloire, les sondages le donnaient ultra favori. Ainsi
pensais-tu, l’UMP aurait dû désigner un candidat, Juppé ou Fillon, et bien entendu tu n’avais aucune chance d’être désigné. Ta stratégie était simple, quitter l’UMP, fonder ton parti et
t’auto-désigner comme candidat. Ce raisonnement était bon. D’ailleurs, sans être élu tu aurais fait un bon score, peut-être supérieur à celui de l’UMP… Gage pour 2017…
La deuxième raison était peut-être d’ordre personnel. La manière dont Nicolas Sarkozy t’a écarté lors du dernier remaniement t’avait profondément vexé. Quitter l’UMP qui avait préféré Fillon
était une réponse.
Rester seul, comme François Bayrou était impensable, il fallait recréer un parti du centre. Mais, réunir, rassembler n’est pas facile, sauf à dire que tu te présentes aux élections
présidentielles. Cela donne un objectif, un espoir à ceux qui pourraient te soutenir. Bon pour la présidentielle, bon pour réunir, certains ,comme ceux qui sont à la tête des micros partis, y
voient l’occasion d’exister.
Mais à côté des raisons d’y « aller », il y a aussi et surtout des raisons de ne pas y « aller » et elles sont plus importantes que les premières.
D’abord, Nicolas Sarkozy sera candidat et dans peu de semaines il sera vraisemblablement beaucoup plus haut dans les sondages. DSK absent, le parti socialiste est de nouveau tenté pas ses luttes
intestines, la politique tant intérieure qu’extérieure porte ses fruits… La donne a largement changé. Tu ne seras pas présent au second tour et tu risquerais par ta candidature de favoriser
Marine Le Pen… Un comble, tu briserais aussi tes rêves pour 2017…
Ensuite, comme tu ne peux pas immédiatement revenir en arrière, il est difficile de franchir à nouveau le Rubicon, cette fois ci pour revenir sur la rive que tu as quittée, tu dois continuer à
laisser croire à ta candidature… Mais pas pour 2012!
Que vas-tu donc faire?
Dans les mois qui viennent, tu vas continuer à laisser croire, à favoriser les rumeurs, à rassembler hommes, femmes et micros partis. Il est impensable que tu viennes à Canossa seul, tu te ferais
écraser et ridiculiser. Par contre, général d’une division centriste, tu pourrais négocier la paix.
J’en vois déjà les termes: ton appui à Nicolas Sarkozy pour un poste de Premier ministre et des circonscriptions éligibles.
En tout état de cause, Jean Louis, ne va pas négocier avec les socialistes pour devenir l’aile droite de la gauche, ce serait inacceptable et dangereux. Il y a toujours chez nous une place pour
les égarés, si leur gourmandise n’est pas trop forte.
A bientôt donc
Pr. Bernard DEBRE
Ancien Ministre
Député de Paris